A 35 ans, Anita Roth, originaire du canton de Saint-Gall, travaille comme cheffe du bureau d’études d’Airbnb à San Francisco. Cette urbaniste de formation et son équipe cherchent à évaluer l’impact du «home sharing» dans les villes où s’installe Airbnb.

Le Temps: Comment une Suisse se retrouve-t-elle au siège d’une start-up valorisée à 30 milliards de dollars?

Anita Roth: Je suis née à Saint-Gall mais ma famille a émigré aux Etats-Unis quand j’étais encore jeune. J’ai grandi aux Etats-Unis. Je suis allé à l’Université là-bas. En tant qu’urbaniste, j’ai travaillé dans plusieurs villes américaines et en Asie, où j’ai vécu quelques années. En revenant à San Francisco, j’ai été fascinée par la façon dont les entreprises des nouvelles technologies changent l’expérience que les gens ont de la ville. C’est ce qui m’a conduit à Airbnb. L’entreprise cherchait alors à évaluer l’impact sur différentes communautés de l’économie collaborative du logement. J’ai eu la chance de rejoindre Airbnb il y a environ trois ans, en charge des recherches stratégiques. A l’époque, j’étais seule à évaluer les avantages d’Airbnb. Aujourd’hui, je suis entourée de collègues brillants qui cherchent à définir comment Airbnb peut s’intégrer aux villes.

– Qu’avez-vous noté de remarquable au cours de ces trois années de recherche?

– Les similarités à travers les géographies sont probablement ce qui me frappe le plus. En Europe, en Amérique, en Asie, on retrouve des résultats équivalents sur quels hôtes participent ou comment ils utilisent l’argent qu’ils gagnent. Même chose pour les voyageurs et pourquoi ils utilisent Airbnb, ce qu’ils font avec l’argent qu’ils économisent, l’expérience qu’ils recherchent. Les utilisateurs d’Airbnb restent généralement dans une ville plus longtemps que s’ils restaient à l’hôtel.

– Quel aspect rend un marché plus accueillant qu’un autre?

– Notre travail se mène ville par ville plutôt que pays par pays. A l’inverse d’autres marchés, l’intéressant avec une plateforme comme Airbnb, c’est que nous ne décidons pas de l’existence de nos listings. C’est entièrement aux mains des hôtes. Cette propriété «distribuée» fait qu’en seulement huit ans, 2,5 millions de listings ont émergé dans plus de 34 000 villes et 191 pays, fréquentés par plus de 100 millions de visiteurs. Ce type de croissance n’aurait jamais été possible si nous avions choisi de conquérir un marché après l’autre. Une part importante de notre croissance a été organique, fondée sur le partage d’expériences positives auprès d’amis ou de la famille.

– Le revers de la médaille, c’est que les villes n’ont pas forcément le temps de s’adapter à cette croissance rapide.

– Les villes ont des législations en place. Nous cherchons à comprendre comment les nouvelles économies peuvent s’y intégrer et comment repenser certaines de ces structures pour qu’elles continuent à protéger ce qu’elles doivent protéger tout en permettant aux villes de bénéficier d’avantages qui n’avaient pas été inventés – et pas à cette échelle – quand beaucoup de ces lois ont été décidées.

– Par exemple?

– Aux Etats-Unis, les interdictions de locations à court terme (moins de trente jours) sont nombreuses, en partie pour lutter contre les hôtels illégaux. Quand elles ont été mises en place, personne n’avait encore envisagé que vous pourriez partager votre maison si vous partiez en vacances.

– Justement, l’état de New York a tenté de mettre en place un système d’amendes (jusqu’à 7500 dollars) pour limiter les locations à court terme… Airbnb est accusé de favoriser la pénurie de logements.

– Le logement est un sujet que nous prenons très au sérieux. En plus de nos recherches en interne, nous travaillons activement avec des consultants extérieurs et avec des universitaires pour nous assurer que nous abordons les défis du logement de la bonne manière. A travers nos sondages et des études annexes, nous savons que la plupart de nos hôtes hébergent dans leur propre maison et que par conséquent, ils ne participent pas à la baisse des logements disponibles. Dans le même temps, nous travaillons avec les villes pour retirer de nos listings les offres purement commerciales.

– Qu’en est-il de la concurrence avec les hôtels?

– Nous nous voyons comme un produit complémentaire. Je ne crois pas qu’Airbnb corresponde aux besoins de tous les voyageurs. Nous élargissons simplement le champs des options.

– Airbnb a calculé qu’entre septembre 2015 et septembre 2016, 1,5 milliard de dollars auraient été dépensés par ses utilisateurs dans les restaurants de 19 grandes villes américaines…

– Nous avons aussi entendu de la part de nos hôtes à travers le monde que leurs revenus liés à Airbnb les aident à payer leur loyer. C’est notre travail de nous assurer que les villes ont toutes les informations dont elles ont besoin pour pouvoir intelligemment équilibrer les apports de l’économie collaborative avec les autres facteurs qui pourraient affecter le logement. Il y a un an, nous avons publié notre Community Compact, une charte de la communauté, pour être le plus transparent possible sur nos données. C’est un geste important si l’on veut construire des partenariats constructifs.