Au 55, Dreikönigstrasse à Zurich, on n'entre pas seulement chez un banquier privé. Hottinger & Cie, qui a logé dans ce bâtiment de facture très patricienne le centre nerveux de ses opérations mondiales, est un banquier «très» privé. Son collège d'associés est un quatuor exclusivement familial. Composé du baron Henri Hottinger, héritier du titre acquis sous l'Empire napoléonien par son aïeul Jean-Conrad en 1810, de son frère Paul et de ses deux fils Rodolphe et Frédéric, il perpétue une tradition de gestion exclusive, épicée de modernisme et réservée à une clientèle avant tout internationale. Comme le dit si joliment un de ses directeurs, le Bernois Henri Stalder, «Hottinger & Cie, c'est un peu un club, mais un club familial…»

Base zurichoise

Directeur adjoint de la branche zurichoise du groupe, Roberto Faoro fait faire le tour du propriétaire avec une fierté que beaucoup de collaborateurs d'autres banquiers privés semblent avoir perdue. «Ici, l'histoire paraît s'être

arrêtée il y a cinquante ans», commente le jeune banquier privé qui a fait ses armes à la Deutsche Bank en ouvrant la porte du bureau, meublé Empire comme toutes les autres pièces accessibles à la clientèle, où le collège des quatre associés se réunit régulièrement, «mais en fait, c'est un vrai privilège que de travailler pour un banquier privé. C'est un autre monde…» Mais un monde où, techniquement, «nous sommes au standard de la Bahnhofstrasse», ajoute-t-il en présentant les systèmes techniques dernier cri acquis à la BZI.

Fondé à Paris en 1786 par le baron Jean-Conrad et longtemps à cheval entre son havre français et ses différentes représentations en Suisse, au Luxembourg, à Nassau ou à New York, le groupe Hottinger est réellement «revenu» en Suisse après 1997, date à laquelle le Credit Suisse Group a repris Hottinger & Cie à Paris. Entièrement dédiée à la gestion de fortunes privées d'une clientèle où l'origine nord-américaine est très importante, la banque articule désormais son activité depuis sa branche zurichoise où travaillent une trentaine de ses 75 collaborateurs actifs dans le monde entier. Parmi les 17 établissements de l'Association des banquiers privés suisses, Hottinger & Cie est sans doute un des plus petits en termes de volume d'actifs sous gestion. Mais la discrétion est à ce sujet plus que totale. Elle est à l'image de ce que la banque propose à sa clientèle: une valeur fondamentale.

Héritier d'une vieille famille bernoise, dont il se plaît à rappeler que les racines sont presque aussi profondes que celles de la famille Hottinger, Henri Stalder souligne que «les valeurs que défend notre clientèle sont compatibles avec les nôtres». Elles ne se résument pas seulement dans ce qu'on peut appeler la tradition. Pour le directeur du groupe, il est plus important de souligner qu'il s'agit de notions telles que la famille, ici portée au pinacle (la banque est ainsi très liée aux vieilles familles zurichoises telles que les Escher), l'éducation, l'éthique professionnelle et personnelle, le savoir-vivre, la courtoisie. A première vue, on pourrait presque parler de banque «aristocratique». Mais Hottinger & Cie rebondit allègrement dans la modernité: c'est ainsi un des premiers banquiers privés à avoir fait le saut dans Internet. «Notre site sert à communiquer avec nos clients, souligne Henri Stalder, c'est un moyen de se rapprocher d'eux.» La banque a aussi un soupçon d'originalité technique comme le montre l'exemple de ses produits phares (voir ci-dessous).

Car, comme dans toute famille qui se respecte, le contact est vital. A l'interne, bien sûr, où Roberto Faoro avoue avoir retrouvé ici une dimension intime qui n'existait plus chez son ancien employeur. A l'externe aussi, où on apprécie de compter sur des clients «qui cherchent certes le secret et la discrétion, mais qui appartiennent encore à ces gens qui cherchent aussi le contact humain». On l'aura compris, Hottinger & Cie est un établissement pétri de valeurs. Cela n'empêche pas de cultiver le sens des affaires. A l'attention exclusive de sa clientèle: ici, le crédit Lombard est toujours une exception et le conflit d'intérêts pourchassé sans pitié. Classique à l'extrême, la banque propose donc à ses clients la sécurité, la confidentialité et l'indépendance.

Mais son approche, très voisine de celle que professent les spécialistes du «family office», sans pour autant surcharger les structures administratives du groupe, est d'abord basée sur une personnalisation extrême de la gestion. «Notre politique est globalement balancée avec trois monnaies de base, le franc suisse, l'euro et le dollar, et trois degrés de risque: peu, un peu et un peu plus», note avec humour Henri Stalder.

Il n'empêche, chez Hottinger & Cie, on examine attentivement les résultats des concurrents et collègues banquiers privés. Car l'objectif maison est «d'offrir à notre clientèle des résultats convaincants en atteignant sur les portefeuilles des performances très présentables».