Deux semaines après «Swissleaks», qui révélait comment la filiale suisse de HSBC aidait ses clients à pratiquer l’évasion fiscale à grande échelle, les dirigeants de la banque britannique ont passé une matinée douloureuse ce lundi. Rompant leur silence à l’occasion de la publication des résultats annuels, ils ont présenté une nouvelle fois leurs excuses. Stuart Gulliver, son directeur général, reconnaît même sa «honte» face au comportement de HSBC Suisse au début des années 2000. «C’est une leçon d’humilité», ajoute Douglas Flint, le président exécutif du groupe. Selon eux, la banque avait grandi beaucoup trop vite et ne maîtrisait pas ce qu’il se passait dans les cent cinquante pays où elle était présente.

Les deux hommes assurent pourtant que la page est désormais tournée. Les milliers de comptes qui apparaissaient dans les fichiers transmis aux autorités françaises par Hervé Falciani, l’ancien informaticien de la filiale suisse, concernent les années 2006 et 2007. Aujourd’hui, les opérations helvétiques de HSBC se sont très fortement réduites: il y a près de 70% de comptes bancaires en moins, pour atteindre environ 10 000.

Stuart Gulliver reconnaît que cette réduction est venue en grande partie de la fuite des clients quand ils ont appris que les fichiers de la banque étaient aux mains des autorités françaises. «Nous ne les avons pas retenus.» A cela s’est ajoutée une profonde restructuration de la filiale suisse. La stratégie de la banque privée, qui consistait à recruter de façon agressive de riches clients à travers le monde, a été interrompue. Désormais, HSBC Suisse propose essentiellement ses services aux propriétaires des entreprises avec lesquelles la banque travaille par ailleurs. Il ne s’agit plus que d’un service complémentaire.

Le nettoyage de la filiale suisse, débuté en 2008, s’est vraiment accéléré à partir de 2012, quand une politique de «transparence fiscale» a été mise en place. Tous les comptes de HSBC Suisse ont été passés en revue, et fermés si l’enquête laissait un doute sur la situation fiscale de son détenteur, ou sur l’origine des fonds.

Par ailleurs, Stuart Gulliver a lui-même été sur le grill suite à la révélation qu’il a longtemps possédé un compte à HSBC Suisse. Selon le Guardian, l’actuel directeur général du groupe s’y faisait verser ses bonus jusqu’en 2003, via la société Worcester Equities, enregistrée au Panama. En 2007, le compte contenait 7,6 millions de dollars (7,2 millions de francs).

Stuart Gulliver reconnaît les faits. Mais il affirme avoir déclaré cet argent, et il apporte une explication qu’il veut très banale. Dans les années 1990, quand il travaillait dans la salle des marchés de Hongkong, les traders avaient accès par le système informatique à tous les comptes locaux de la banque. Chacun pouvait donc espionner l’autre pour connaître le montant de son bonus. «A l’époque, j’étais le mieux payé de la banque et mon bonus était privé, puisque je n’étais pas au conseil d’administration.» Pour éviter de révéler sa rémunération, il a donc ouvert un compte en Suisse. Mais pour que l’information ne fuite pas non plus auprès du personnel helvétique, il se faisait payer via une entreprise au Panama, sans que son nom n’apparaisse. Il a cessé cette pratique en 2003, quand il est arrivé au conseil d’administration, puisque son salaire est alors devenu public. Aujourd’hui, Stuart Gulliver dit aujourd’hui déclarer l’ensemble de ses revenus au Royaume-Uni mais refuse de confirmer s’il a encore un compte en Suisse.