HSBC menace de quitter le Royaume-Uni en cas de «Brexit»

Transfert La banque fait une incursion inattendue dans la campagne électorale britannique

Elle met en cause des taxes et mesures qui encadrent le secteur bancaire

L’assemblée générale de HSBC vendredi 24 avril s’annonçait agitée, après une période particulièrement difficile à la suite des révélations de SwissLeaks sur l’évasion fiscale pratiquée par les clients dans sa filiale suisse. La direction de la banque a promis de tout faire pour éviter de nouveaux scandales. La banque britannique a surtout pris tout le monde à contre-pied en annonçant qu’elle envisageait de déménager son siège hors du Royaume-Uni. En cause: le durcissement de la réglementation bancaire, particulièrement en Europe et au Royaume-Uni, mais aussi le risque d’une sortie du pays de l’Union européenne.

«La direction va commencer à regarder quel est le meilleur emplacement pour le siège de HSBC dans ce nouvel environnement, a expliqué Douglas Flint, le président exécutif de HSBC. La question est complexe et il est trop tôt pour dire combien de temps cela va prendre et quelles seront les conclusions. Mais le travail a commencé.» Avant d’ajouter: «Une incertitude économique qui domine est la question du Royaume-Uni dans l’Union européenne. En février, nous avons publié une étude majeure qui conclut qu’il est bien moins risqué de créer le marché unique dans le domaine des services et de réformer l’UE pour la rendre plus compétitive que de partir seul.»

A deux semaines des élections législatives du 7 mai, il s’agit d’une incursion inattendue dans la campagne électorale. L’Europe est l’une des grandes lignes de fracture entre l’actuel premier ministre David Cameron et le leader des travaillistes, Ed Miliband. Le premier promet un référendum pour rester ou quitter l’UE «d’ici à fin 2017». Le second s’y oppose, estimant que cela ouvrirait une période d’incertitudes trop fortes, et que le pays a d’autres priorités. Il en fait même son principal argument auprès des grandes entreprises, espérant ainsi estomper la méfiance des grands patrons, qui le trouvent beaucoup trop à gauche.

Pour le Labour, les commentaires de HSBC étaient du pain bénit. «Cela illustre à quel point il est irresponsable de jouer avec l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne, attaque Chuka Umunna, en charge des entreprises au Parti travailliste. Sortir de l’UE serait un désastre pour le secteur des services financiers et les entreprises en général.»

L’incursion deHSBC dans le débat électoral n’est pas sans rappeler le référendum en Ecosse en septembre 2014. Deux semaines avant le vote, alors que les sondages se resserraient, Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group avaient soudain menacé de déménager leur siège vers l’Angleterre en cas d’indépendance.

Néanmoins, l’argument deHSBC ne se limite pas à la question européenne. Depuis la crise financière, le Royaume-Uni a introduit une taxe «exceptionnelle» sur les banques, qui a depuis été augmentée à huit reprises. Les travaillistes promettent une nouvelle hausse s’ils sont élus. De plus, une séparation partielle ­entre banque de détail et banque d’investissement a été imposée et elle entrera en vigueur en 2019. Autant de coûts supplémentaires qui rognent sur les marges bénéficiaires et qui mettent en question l’avantage d’être basé à Londres.

Après la crise, Londresa introduit une taxe «exceptionnelle» sur les banques, augmentée à huit reprises