Raymond Léchaire a le sourire. En ce vendredi matin, la clientèle se bouscule dans le nouveau centre commercial Coop de Villars-sur-Glâne (FR). Apparemment, le directeur de la région de vente Suisse romande ne s'attendait pas à un tel succès pour un jour d'ouverture. Il faut dire qu'en ce lendemain de l'Ascension, de nombreux Fribourgeois ont fait le pont. Et ils sont sans doute attirés par la remise de 10% offerte sur tous les achats.

Coop n'a pas perdu de temps. Il y a dix jours, le vaste quadrilatère boisé de 6000 m2 posé dans la zone industrielle de Moncor abritait encore l'un des douze hypermarchés de Carrefour en Suisse. Il arbore désormais un logo orange, un peu plus d'un mois après le blanc-seing octroyé par la Commission de la concurrence (Comco).

«Grâce à ce rachat, nous effectuons une excellente opération au plan national, en ouvrant d'un coup douze magasins géants. Nous aurions perdu au moins dix ans en procédure s'il avait fallu les construire», note Raymond Léchaire.

Coop occupe donc le terrain. Après Villars-sur-Glâne, c'est le site de Conthey (VS) qui ouvrira ses portes sous ses nouvelles couleurs le 15 mai, avant La Chaux-de-Fonds et Vernier qui suivront au mois de juin. «Excepté celui de La Chaux-de-Fonds, qui fait doublon avec un de nos centres, les trois autres étaient absolument vitaux pour nous», ajoute Raymond Léchaire.

Offre pléthorique

Cette redistribution des cartes dans le secteur du commerce de détail soulève des questions. Rien que dans le Grand Fribourg, Coop a désormais trois supermarchés et un grand magasin au centre-ville. Cela paraît beaucoup pour une agglomération de 80000 habitants, d'autant plus que l'offre globale en centres commerciaux est déjà pléthorique. Selon le verdict de la Comco, la société devra céder à ses concurrents 20000 m2 de surface, notamment à Fribourg, à Genève et dans le Tessin. Pourtant, Raymond Léchaire refuse pour l'heure d'évoquer la fermeture d'un des sites fribourgeois, lesquels, selon lui, fonctionnent «plutôt bien».

L'homme ne semble guère priser la Comco. A titre personnel, il s'insurge en particulier de sa récente proposition de transformer Migros et Coop en sociétés anonymes. «Cela va trop loin. Notre objectif est bien sûr de faire du profit, mais c'est pour mieux le réinvestir dans les coopératives, nos outils de travail, plutôt que pour le donner à des actionnaires.»

Mais la clientèle, habituée aux prix cassés de Carrefour, restera-t-elle fidèle au nouveau locataire des douze hypermarchés? Coop a en effet la réputation d'être plus cher, notamment en raison de sa ligne de produits biologiques. Raymond Léchaire: «Certains clients partiront, mais nous allons faire en sorte d'en retenir un maximum. Nous conserverons ainsi 2880 produits spécifiques de l'assortiment de Carrefour, en premier lieu destinés à une clientèle étrangère habituée au distributeur français. De manière générale, je pense qu'on assistera à une répartition des clients entre les différentes enseignes. Nous allons en perdre, mais aussi en gagner de nouveaux.»