Banques

Les hypothèques en ligne entrent dans les mœurs

L’accès à des offres de crédit immobilier par Internet est en train de devenir la norme en Suisse. La demande des clients progresse, mais elle reste limitée

Les hypothèques en ligne, un standard? En théorie, elles sont parties pour le devenir. Selon un sondage réalisé en 2014 par l’Institut des services financiers (IFZ) de la Haute Ecole de Lucerne, 80% des responsables bancaires interrogés considèrent qu’en 2019, une hypothèque sur dix sera conclue derrière un écran.

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Il faut dire que les hypothèques en ligne sont l’un des premiers produits bancaires à avoir été digitalisés. Les offres, qu’elles émanent d’un comparateur ou d’une banque installée, se comptent par dizaines dans le pays. Et leur nombre ne cesse d’augmenter. L’on pourrait même considérer que c’est devenu la norme, une option que chaque établissement actif dans la banque de détail, peu importe sa taille, se doit désormais de proposer à ses clients.

Surtout des renouvellements

Taux fixe, variable, Libor. Immeuble, villa, appartement… Sur le papier, toutes sortes d’opérations hypothécaires peuvent être réalisées via Internet. Avec deux catégories de logiciels de plus en plus distinctes ces dernières années: celles qui permettent de remplir quelques données de base et d’envoyer une requête à un conseiller, et les autres, une minorité, qui conduisent à un début d’automatisation des procédures bancaires d’octroi de crédits.

Dans la pratique, constate Dominik Weber, l’expert bancaire de Comparis.ch, «ces solutions en ligne sont plus appropriées pour les personnes qui n’ont pas besoin de conseils parce qu’elles savent déjà exactement ce qui leur faut.» Concrètement, ces services sont surtout utilisés pour renouveler un crédit ou le transférer vers une autre banque.

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Si l’offre se déploie rapidement, la demande reste limitée. Selon les estimations du professeur de l’IFZ Andreas Dietrich, quelque 2,4 milliards de francs de crédits, nouveaux ou pas, ont été réalisés par le biais d’Internet en 2015. Soit entre 1 et 2% de parts de marché. Aucune autre étude représentative n’a été réalisée depuis. «La pratique ne s’est pas encore vraiment installée, constate Dominik Weber. Les avantages pour les clients sont encore trop faibles.»

Pas de vraie rupture

Rapidité de réponse et prix. Ce sont généralement les deux arguments utilisés par les établissements qui proposent des hypothèques en ligne. Si les grandes banques ont toutes développé une solution plus ou moins hybride entre le virtuel et le physique, de plus petits établissements se sont aussi profilés récemment. La Banque Cantonale de Fribourg, avec FriBenk, lancé en 2016, propose par exemple un rabais de 30% sur les intérêts de son hypothèque. Et une réponse en quelques minutes.

La Banque Cantonale Neuchâteloise (BCN), elle, ne propose pas d’hypothèques en ligne. «Nous observons attentivement les développements et rien n’est exclu, explique son directeur général, Pierre-Alain Leuenberger. Les solutions qui existent ne correspondent pas exactement à l’idée que nous nous faisons des services que doit offrir la BCN.» Pour l’instant, ajoute-t-il, «ce modèle n’est pas mûr. Il offre, certes, un canal disponible en tout temps, en tout lieu et par tous les moyens connectés, mais la vraie rupture aura lieu lorsque les processus administratifs seront automatisés à l’intérieur de la banque.»

Quelle que soit la formule, pour l’instant, les emprunteurs potentiels semblent surtout s’informer sur Internet avant d’aller consulter un conseiller, affirme Dominik Weber. Selon l’expert de Comparis.ch, un client sur trois va aujourd’hui chercher des renseignements en ligne, le plus souvent sur des sites comparatifs. Ce réflexe-là est déjà devenu la norme.


Pour la Finma, le canal importe peu

L’autorité bancaire suisse, la Finma, observe le développement des hypothèques en ligne «avec intérêt». Mais elle n’adopte pas de position tranchée sur le sujet. «Qu’il soit traditionnel, par le biais d’un conseiller ou via Internet, le canal qu’empruntent les banques importe peu, explique son porte-parole. Ce qui est important, c’est que les banques respectent les critères d’octroi de crédits et les principes d’une bonne gestion du risque.»

La Finma indique toutefois que puisque «les contacts directs avec les clients sont réduits au strict minimum et que ces affaires hypothécaires peuvent être conclues avec des clients situés en dehors de leur rayon d’action traditionnel, des règles internes spécifiques à chaque banque sont indiquées». (SP)

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