Au cœur des marchés

I love bond ou 007 bonnes raisons de s’y intéresser

Personne n’aime vraiment les obligations… Attention, je ne vous parle pas des obligations «sexy» à haut rendement, de la dette périphérique ou émergente, qui, selon les cycles, c’est-à-dire la mode, peut faire l’objet d’une vénération inconditionnelle, mais de l’obligation de base. Celle de l’Etat américain ou de la Confédération suisse. Vous savez, celle qui offre des coupons à faire pâlir d’envie le premier Ecossais venu. Et pourtant, voilà sept bonnes raisons de ne pas les ignorer…

1. Justement parce que personne ne les aime vraiment. Comme M. Tout-le-monde est structurellement plutôt sous-pondéré en risque de duration, il ne risque pas de vendre quelque chose qu’il ne possède pas!

2. Mais alors qui les achète? Mis à part les banques centrales. En fait, c’est indirectement M. Tout-le-monde via son assurance vie ou son fonds de prévoyance. Mais sans le savoir, tous les mois, à l’instar de M. Jourdain. En outre, comme la population est vieillissante dans nos contrées et que les assurances et fonds de pension sont régulés par… l’Etat, il n’y a pas vraiment de risque qu’ils en achètent moins à l’avenir. Et avec l’austérité qui gagne du terrain, l’offre, elle, devrait croître moins vite à l’avenir.

3. Contrairement à une action, vous connaissez le prix d’une obligation à une date fixe dans le futur. Vous pouvez venir avec les meilleurs arguments au monde pour justifier le cours cible d’une action, mais vous ne pourrez jamais le garantir et encore moins dire quand il sera atteint… Avec l’obligation, oui! Et c’est ainsi plus facile de les comparer, de comprendre les trajectoires de prix en fonction de scénarios et donc d’arbitrer dans ce marché.

4. Le coupon est toujours payé, le dividende pas forcément

5. Le fameux «roll-down the curve» permet de générer des gains plus importants que ne le suggère le coupon même quand les taux ne varient pas; ou d’amortir la chute quand les taux prennent l’ascenseur. Seule condition: que la pente des taux soit positive. Ce qui est le cas la plupart du temps.

6. Il existe une sorte de force de rappel sur le marché obligataire: toute chute «extraordinaire» du prix est généralement limitée et très souvent récupérée. Plus le prix de l’obligation baisse, plus le rendement offert jusqu’à l’échéance augmente… Mécaniquement à un certain point, le rendement va être jugé acceptable par rapport au risque que l’on prend.

7. Le grand ennemi des obligations, l’inflation, a disparu des radars des grandes banques centrales. Certaines d’entre elles la cherchent même désespérément. Quid d’un éclatement de la bulle de crédit en Chine qui soufflerait un vent déflationniste fatidique sur l’économie mondiale? Il suffit de regarder ce qui s’est passé sur le marché obligataire japonais au cours des vingt-cinq dernières années: malgré des taux nominaux qui sont restés extrêmement bas, les obligations d’Etat (JGB) ont offert des rendements réels – ajustés du risque – plus que satisfaisants.

* Responsable des investissements, Banque Syz