L'introduction en bourse de 20% de la filiale «énergies renouvelables» du groupe énergétique espagnol Iberdrola, jeudi 13 décembre, a confirmé la tendance constatée depuis plusieurs mois: le vent vaut de l'or et, sur le marché des producteurs d'électricité «verte», le prix des entreprises s'envole. En proposant 5,30 euros par action, les dirigeants d'Iberdrola Renovables valorisent le numéro un mondial du secteur à 22,4 milliards d'euros.

Ce prix est, certes, dans le bas de la fourchette indicative (5,30 - 7 euros) et les investisseurs internationaux, qui n'ont sursouscrit que 1,6 fois à cette offre qui leur était en grande partie réservée (65%), ont marqué une certaine hésitation. Mais une telle valorisation aurait été impensable il y a quelques années, quand le renchérissement du pétrole, la sécurité des approvisionnements énergétiques et le réchauffement climatique n'étaient pas encore devenus des préoccupations majeures.

Plus grosse introduction de l'histoire de Madrid

Avec 4,5 milliards d'euros (sous forme d'augmentation de capital), le groupe réalise la plus grosse introduction de l'histoire de la bourse de Madrid. La filiale «verte» d'Iberdrola, devenu le premier groupe d'électricité espagnol après le rachat de Scottish Power au printemps (17,2 milliards), rejoint les dix plus grosses capitalisations de la place madrilène.

Avec cet apport en capital et le regroupement des activités «énergies renouvelables» des deux groupes, espagnol et britannique, Iberdrola Renovables aura une capacité d'investissement considérable. Dans le cadre du plan stratégique 2008-2010 prévoyant un effort de 15 milliards d'euros, il compte dépenser 8,6 milliards pour porter sa puissance installée dans les énergies renouvelables (à 90% éolienne) de 7300 à 13600 mégawatts (MW).

Au-delà, le groupe dispose d'un très gros portefeuille de projets. Une richesse inestimable quand on sait les obstacles de tous ordres (financiers, sociaux, administratifs...) à surmonter pour développer des parcs éoliens. Ses projets portent sur 41000 MW dans le monde, dont la moitié aux Etats-Unis, où il est déjà le deuxième producteur d'électricité éolienne derrière Florida Power & Light Company.

En juin, Iberdrola a racheté la compagnie américaine East Energy pour 6,6 milliards d'euros (dette comprise). Son introduction en bourse s'inscrit sur fond de recomposition du paysage énergétique espagnol.

Iberdrola a choisi la stratégie de la croissance externe pour prévenir toute opération hostile, comme celle que l'on prête à son premier actionnaire (11%), le groupe de bâtiment-travaux public ACS. Contrôlant déjà l'électricien Union Fenosa, il envisagerait de le fusionner avec Iberdrola.

Objectifs européens

Les grands du BTP espagnol, qui ont connu des années fastes, se sont diversifiés dans l'énergie. Sacyr Vallehermoso détient 20% du pétrolier Repsol et Acciona s'est allié à l'italien Enel pour arracher Endesa à l'appétit de l'allemand E.ON.

L'introduction en bourse de Renovables s'inscrit aussi dans un mouvement de concentration européen et mondial. L'éolien ne manque pas d'atouts pour les financiers. Les subventions publiques sont fréquentes - y compris aux Etats-Unis (au niveau fédéral et de certains Etats). Les tarifs de rachat de l'électricité éolienne sont également très généreux. En France, ce tarif est garanti sur dix ans à 82 euros le MWh (et 130 euros pour les éoliennes offshore), un prix jugé trop élevé par la Commission de régulation de l'énergie (CRE) et carrément exorbitant par les associations qui militent contre l'éolien industriel.

Autre atout pour l'éolien: l'objectif ambitieux et contraignant fixé par Bruxelles. La Commission européenne exige que, en 2020, 20% de la consommation énergétique provienne de sources n'émettant pas de CO2 (biomasse, hydraulique, éolien, solaire). Ce qui donne, avec la garantie de tarifs stables à moyen terme, un surcroît de visibilité aux investisseurs. En outre, le potentiel de développement est considérable dans certains pays européens (France, Grèce, Grande-Bretagne...), aux Etats-Unis et dans tous les grands pays émergents (Chine, Inde...).

Plus un seul grand groupe d'électricité ne peut se priver d'une offre «verte». En France, EDF, Gaz de France, Suez, Endesa France investissent dans des parcs éoliens ou rachètent de petites entreprises à des prix qui reflètent plus un potentiel de production à venir que leur activité actuelle qui reste faible.

Les investisseurs scruteront le début du parcours boursier d'Iberdrola par rapport à celui de ses concurrents. Si Renovables suit le même chemin qu'EDF Energies nouvelles, ses actionnaires ne devraient pas être déçus: la valeur d'EDF EN a presque doublé en un an (à 50,92 euros). Le secteur est-il menacé par une «bulle verte»? Ce qui est certain, c'est que l'éolien a le vent en poupe. Un rapport des Nations unies, présenté à l'occasion de la conférence sur le climat réunie à Bali (Indonésie), indique que les énergies renouvelables ont drainé plus de 100 milliards de dollars en 2007.

L'investissement dans l'éolien a même surpassé les capitaux consacrés aux barrages hydroélectriques. Le Monde