Il aura fallu 15 mois de négociations dans les eaux troubles de la crise économique pour que British Airways (BA) et Iberia parviennent finalement à un accord de «fusion entre égaux» qui ménage les susceptibilités de tous. Un mariage de raison négocié à la dure, alors que les deux compagnies ont dernièrement publié des pertes et que le ciel européen se rétrécit à force de concentration. Pourtant, loin de constituer un soulagement, l’opération annoncée jeudi soir marque seulement le début des difficultés.

La nouvelle entité – provisoirement nommée «TopCo» faute de mieux – sera dotée de 419 appareils qui voleront vers 205 destinations. Elle devrait réaliser un chiffre d’affaires proche des 15 milliards d’euros qu’Iberia et BA génèrent aujourd’hui séparément en transportant annuellement quelque 62 millions de passagers.

Au terme de l’opération, qui se fera entièrement par échange d’actions et qui se déroulera jusqu’à fin 2010, les actionnaires de BA détiendront 55% de la nouvelle compagnie, et ceux d’Iberia 45%. Avec une capitalisation boursière de 5 milliards d’euros, ce nouveau géant européen pourra donc se mesurer à Lufthansa, faisant de l’ombre à ­AirFrance-KLM. La fusion, dont le coût est estimé à 350 millions d’euros, devrait générer 400 millions d’euros au bout de cinq ans.

Ensemble, mais séparément

Mais avant d’en arriver là, le chemin promet d’être encore long et pénible. Il faudra d’abord que la commission européenne de la concurrence bénisse l’union, ce qui n’est pas acquis dans ce secteur en pleine contraction.

Restée sans solution lors des négociations, la question du fonds de pension de British Airways, qui accuse un déficit béant de 2,66 milliards de livres sera aussi déterminante pour l’avenir de l’alliance. Iberia s’est réservé une clause de sortie de l’accord si elle jugeait inacceptable le plan de renflouement qu’imaginera BA.

Enfin, les deux compagnies devront apprendre à vivre ensemble, ce qui reste le plus difficile. En 15 mois elles n’ont pas réussi à s’accorder sur un nom commun, et elles annoncent aujourd’hui un mariage où ­elles feront chambre à part (les deux compagnies continueront d’opérer sous leurs enseignes respectives). Réunies en une holding dont le domicile fiscal sera en Espagne et le centre administratif à Londres, où elle sera aussi cotée, les parties, à force de compromis, semblent s’être constitué une structure dirigeante d’une rare complexité. La présidence revient à l’actuel président d’Iberia, Antonio Vazquez, tandis que la direction exécutive est confiée à l’actuel CEO de BA, Willie Walsh.

Le nombre d’emplois qui ne manqueront pas d’être perdus dans cette alliance n’a pas été précisé, mais la question se surajoute à un climat social déjà pourri. Les récentes grèves liées à son plan de restructuration ont déjà contraint Iberia à annuler des centaines de vols ces dernières semaines. Alors que, chez BA, les syndicats menacent de grève à quelques semaines du pic saisonner de Noël.