Klaus Zwickel, le président du syndicat allemand de la métallurgie IG Metall, montre jour après jour qu'il est un homme de consensus. «La grève n'est pas indispensable» a-t-il déclaré dans sa dernière interview. «Je serais un mauvais délégué syndical, si je disais que les négociations ont échoué et qu'il n'y a plus que de conflit» a-t-il continué.

Hier, plus de 100 000 employés ont participé à des grèves d'avertissement dans toute l'Allemagne. Les plus importantes manifestations ont été organisées dans le sud de l'Allemagne; 62 000 employés ont participé à des débrayages en Bavière.

Négociations interrompues

Si le conflit déclenché à la fin du mois de janvier dure si longtemps, c'est à cause de Jürgen Peters, le numéro deux du syndicat, considéré comme le hardliner d'IG Metall. Cest lui qui a fixé le 11 février comme ultimatum. Les négociations sont désormais provisoirement interrompues depuis jeudi soir, après l'échec des discussions dans le Bade-Wurtemberg. Aujourd'hui se réunissent des commissions tarifaires qui pourraient décider de faire voter la grève, région par région, dimanche prochain lors d'un congrès extraordinaire dimanche à Francfort. La base serait alors consultée dès le 22 février.

L'une des régions les plus combatives, comme le Bade-Wurtemberg ou la Bavière, pourrait alors faire le pas. Il faut au moins 75% des voix à bulletin secret pour déclencher la grève. Le dernier grand arrêt de travail provoqué par IG Metall date de 1984 dans le Bade-Wurtemberg, où le mouvement a duré sept semaines. En 1995, l'industrie bavaroise avait interrompu le travail, en 1993 des régions dAllemagne de l'Est avaient également organisé des grèves.

Aujourd'hui si Jürgen Peters fait pression, c'est qu'il désire faire la promotion d'un syndicat qui perd des membres. Juste après la réunification, IG Metall comptait quelque 3,4 millions d'employés, aujourd'hui ils ne sont plus que 2,8 millions. Une partie des pertes est à mettre sur le compte des difficultés de l'industrie est-allemande.

De nombreuses entreprises ont fermé leurs portes. Aujourd'hui, le nombre de membres d'IG Metall augmente à nouveau, explique-t-on à la centrale de Francfort.

Patronat et syndicat divisés

Le patronat et les syndicats se sont quittés jeudi sur des positions bien éloignées. IG Metall réclame 6,5% d'augmentation de salaire, alors que le patronat a fait sa dernière offre à 2,3% plus un paiement unique de 0,5% liés aux bénéfices. Selon le journal économique Handelsblatt, IG Metall aurait ramené ses exigences à 4% alors que le patronat proposait 3% lors de la dernière rencontre. Les syndicats estiment que les employeurs ne les ont pas assez fait participer aux augmentations de productivité au courant de ces dernières années.

Les observateurs estiment que le risque de conflit social reste modéré. Les deux parties devraient s'entendre sur une augmentation d'environ 3,5%. Le syndicat, et en particulier Jürgen Peters, veut maintenir la pression le plus longtemps possible pour se faire une place au soleil dans les médias et donner une image combative.

IG Metall se sent porté dans son combat par les théories du ministre des Finances Oskar Lafontaine qui plaide pour un soutien de la demande intérieure par une augmentation des salaires. Les instituts de conjoncture demandent pourtant une modération salariale, car ils estiment que le chômage en Allemagne pourrait encore augmenter. «Je plaide pour des contrats salariaux très modérés afin de maintenir et créer des emplois» a expliqué Berhard Jagoda, directeur de l'Office fédéral du travail. Le comité des 5 sages, qui conseillent le gouvernement, avait donné récemment le même conseil.

Parallèlement aux négociations dans la métallurgie, ont commencé des discussions dans le secteur public. Là aussi, elles sont pour l'instant bloquées. Les syndicats ont demandé une augmentation de 5,5%.

Les collectivités publiques n'ont pour l'instant pas présenté d'offre.