Philip Morris ne sera pas présent dans le Pavillon suisse à l’Expo 2020 Dubai. La Confédération a renoncé mardi à ce partenariat encombrant «afin de ne pas compromettre l’objectif de la présence suisse à Dubaï, qui consiste à transmettre une image positive du pays». Le conseiller fédéral Ignazio Cassis a en outre demandé à Présence Suisse, l’organisme chargé de faire la promotion du pays à l’étranger, de réviser la politique de sponsoring de ses activités.

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La décision d’Ignazio Cassis était attendue avec impatience. D’abord à l’intérieur même du Département des affaires étrangères (DFAE). Selon nos informations, la situation était devenue, au fil des jours, intenable. De nombreux hauts cadres ne pouvaient pas s’identifier avec la décision de Présence Suisse de collaborer avec la multinationale du tabac pour un événement de prestige. «Dans aucun cas, sa présence ne pourrait contribuer à l’exercice de «nation branding», s’énerve l’un d’entre eux. Nous avons exigé une décision rapide afin de ne pas laisser pourrir la situation.»

Volte-face

La pression a été également vive du côté des organisations de lutte contre le tabagisme. Ces dernières avaient notamment écrit une lettre de protestation à Ignazio Cassis. Luciano Ruggia, chercheur à l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne et futur nouveau directeur de l’Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT), ne cache pas sa satisfaction après la volte-face de Berne. «C’est une bonne décision, qui était inévitable, lance-t-il. Philip Morris n’avait pas sa place dans le pavillon suisse, ni en tant qu’acteur de l’économie ni en tant qu’entreprise technologique et innovante.»

Pour Luciano Ruggia, la controverse suscitée par le sponsoring de Philip Morris donne une belle occasion de repenser la publicité, le parrainage et le sponsoring par l’industrie du tabac. Il en sera question le 12 août lors d’une séance de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats, qui travaille sur un projet de loi sur les produits du tabac. «Les élus doivent proposer de nouvelles règles compatibles avec la convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé sur la lutte contre le tabagisme, que la Suisse a signée, mais n’a toujours pas ratifiée», espère-t-il.

Pour sa part, Dominique Sprumont, professeur de droit à l’Université de Neuchâtel et président de la Commission vaudoise d’éthique de la recherche impliquant des êtres humains, souligne que l’industrie du tabac ne peut jouer à la victime: «Elle récolte les fruits des années de manipulation de l’information.» A Lausanne, Karin Zürcher, responsable de secteur au sein d’Unisanté, le centre de médecine générale et de santé publique, va dans le même sens: «La stratégie actuelle de PMI, orientée, avec ses produits prétendument à risque réduit, ni change rien. Force est de constater que cela ne marche pas avec tous, du moins pas avec le conseiller fédéral Cassis.»

Pression médiatique

Dans un communiqué de presse publié mardi, le chef des Affaires étrangères explique sa décision aussi par la pression médiatique, qui est allée en s’amplifiant depuis l’éclatement de l’affaire il y a une dizaine de jours. Ignazio Cassis affirme qu’il n’avait pas encore pris de décision définitive à propos du sponsoring par Philip Morris, ajoutant qu’il ne disposait pas encore de toutes les informations par rapport à cette participation. «Après examen du dossier, il a décidé que le partenariat ne pouvait pas être poursuivi», laisse comprendre le communiqué.

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En réalité, l’accord entre Présence Suisse et Philip Morris était déjà arrêté. Les logos de tous les sponsors apparaissent déjà sur des documents officiels. Il était entendu que le cigarettier serait présent au salon du pavillon suisse, où il proposerait des produits sans fumée Iqos. En tant que sponsor principal, il devait débourser 1,8 million de francs.

Investissement

La décision annoncée mardi par Berne a clairement déplu à Philip Morris. Dans un communiqué publié aussitôt, la multinationale s’en prend «aux militants et [aux] organismes qui leur mettent des bâtons dans les roues et qui prétendent vouloir mettre fin au fait de fumer, mais qui ne semblent pas intéressés à parler de science dûment documentée et justifiée, d’innovation ou de meilleures alternatives pour les fumeurs».