Ikea Suisse est parvenu à accélérer sa croissance sur son exercice décalé 2020/21, malgré les difficultés liées à la crise sanitaire. Alors que les ventes stationnaires ont stagné, celles réalisées en ligne ont une nouvelle fois bondi et représentent désormais près d’un quart des recettes de la filiale du géant suédois de l’ameublement. Entre septembre 2020 et fin août 2021, l’entreprise a généré un chiffre d’affaires de 1,23 milliard de francs, soit 7% de mieux que lors de l’exercice 2019/20. Cette croissance – dont le rythme a décuplé sur un an – est à mettre au crédit avant tout des ventes en ligne, qui ont contribué aux recettes à hauteur de 23,3%, contre 14,7% un an plus tôt et 9,1% avant la crise.

«Après n’avoir répondu à la demande qu’avec difficulté en 2020 après le premier confinement, nous avons mieux maîtrisé la situation en 2021», a assuré la directrice générale Jessica Anderen, citée dans un communiqué. Cela s’est manifesté notamment par la stabilisation des délais de livraison à 3-4 jours, contre près de 30 jours lors du verrouillage du printemps 2020. L’engouement qu’ont connu les ventes en ligne et le changement de comportement dont il témoigne ont incité Ikea à renforcer son offre de services, notamment en inaugurant en août un Home Service Point à la gare centrale de Zurich, permettant aux clients de planifier et commander des produits. La nouvelle application Ikea Shopping, lancée en mars dernier, a déjà été téléchargée plus de 250 000 fois.

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Ikea Food à la peine

Durement touché par la fermeture imposée aux établissements publics dans le cadre de la lutte contre la pandémie, Ikea Food a vu ses ventes chuter de 19,8%. «Les affaires restent difficiles dans ce segment, notamment depuis l’introduction de l’obligation de présentation du certificat Covid», a expliqué Jessica Anderen. Fort de sa performance, Ikea Suisse, qui a déjà relevé en cours d’année son salaire minimal à 4000 francs, entend gratifier ses collaborateurs en leur versant en plus de leur 13e salaire un bonus équivalent peu ou prou à un salaire mensuel.

Le géant de l’ameublement signale également un intérêt croissant pour son offre de produits de seconde main, disponible dans tous ses points de vente en Suisse. A l’occasion de son action «Buy Back Friday» , tous les articles rapportés en magasin par les clients ont trouvé preneur, a assuré un porte-parole d’Ikea Suisse. «Nos produits sont revendus jusqu’à cinq fois», a affirmé Jessica Anderen, sans toutefois entrer dans les détails sur la commission perçue par l’entreprise lors de la vente d’articles d’occasion, se contentant d’évoquer les «énormes volumes» échangés. Le projet de location de meubles, une activité pour laquelle la Suisse avait été un des cinq marchés pilotes sélectionnés par le groupe, a en revanche été suspendu. «C’est toujours une thématique très importante pour nous, mais en raison des nombreux projets déjà en cours, il n’est plus à l’ordre du jour pour le moment», a indiqué Jessica Anderen.

Eviter les hausses de prix

Les difficultés d’approvisionnement, elles, n’épargnent pas Ikea Suisse, qui a récemment indiqué que quelque 1500 produits manquaient à son assortiment. Et selon l’évolution de la situation, des hausses de prix ne sont pas exclues. «Nous sommes très bien positionnés, car nous sommes connectés à l’intégralité de notre chaîne de valeur», a fait valoir la directrice générale Jessica Anderen dans un entretien à AWP en marge de la présentation des chiffres. «Grâce aux engagements pris avec les fournisseurs, nous voulons atténuer autant que possible l’inflation des coûts et ne pas les répercuter sur les prix de vente», a-t-elle poursuivi, insistant sur la vocation du groupe à proposer des produits «abordables et durables».

Actuellement, 70% des produits disponibles chez Ikea Suisse proviennent de fournisseurs basés en Europe. «Nous avons même réduit nos prix sur un grand nombre de produits au cours des deux dernières années», a fait remarquer la Suédoise, soulignant l’importance stratégique de répercuter sur le prix aux clients les gains réalisés dans la chaîne de valeur: «le marché peut changer, pas nos principes».

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Trois colis sur dix décarbonés

Interrogée sur son engagement visant à supprimer complètement les émissions liées aux livraisons d’ici 2025, la patronne d’Ikea Suisse a souligné que grâce au partenariat entamé en août avec Quickpac, 30% des envois de colis sont d’ores et déjà décarbonés. Le problème est que la jeune pousse saint-galloise, filiale du prestataire de services postaux Quickmail, ne couvre qu’une zone géographique limitée (Bâle-Ville, Argovie, Zurich et Suisse orientale). La dirigeante dit être «à la recherche de nouveaux partenaires afin de pouvoir étendre cette offre à l’ensemble du pays».

Au cours du dernier exercice, Ikea a procédé quelque 200 nouvelles embauches, portant ses effectifs à environ 3300 collaborateurs à fin août. Malgré la fermeture imposée des restaurants de fin décembre à fin mai – qui s’est soldée par une perte de près d’un cinquième du segment Food –, l’entreprise n’a pas eu recours au chômage partiel. Les employés touchés ont été réaffectés à de nouvelles tâches à l’interne, afin notamment d’accompagner la forte croissance des activités en ligne, dont la part aux recettes est passée en deux ans de moins d’un dixième à près d’un quart. «Ils ont acquis de nouvelles compétences et participé à des programmes de formation, qui leur ont permis d’appréhender les relations client sous un nouvel angle», a indiqué Jessica Anderen.