«La première fois que j'ai lu ça dans le journal, j'ai éclaté de rire.» Lennart Dahlgren, le directeur général de Ikea Russie, ne se sera pourtant pas amusé très longtemps. Juste le temps de se rendre compte que la proposition du gouvernement russe faite à l'Allemagne de régler ses dettes en offrant aux entreprises germaniques des actions de sociétés russes était diablement sérieuse.

Par l'intermédiaire de sa division allemande, Ikea a été l'un des premiers groupes à faire connaître son intérêt: «Nous ne sommes que des marchands de meubles, concède Lennart Dahlgren. Et les grandes négociations entre Etats ne sont pas notre affaire. Cependant, nous sommes intéressés à participer à tout ce qui, en Russie, ressemble à du long terme.»

Il faut dire qu'Ikea, qui a ouvert un premier centre dans la banlieue de Moscou l'an dernier et envisage l'ouverture prochaine de quatre autres magasins, est venu en Russie «pour acheter plutôt que pour vendre». Le groupe s'approvisionne déjà auprès d'une cinquantaine de fabricants russes et espère bientôt «exporter plus de meubles de Russie que nous n'en importons».

Toujours est-il que l'idée que des firmes allemandes règlent les dettes russes fait son chemin. Un officiel du Ministère de l'industrie a annoncé que dans deux semaines aurait lieu à Moscou une rencontre entre les Ministères russes de l'économie et de l'industrie ainsi que les représentants d'une vingtaine de firmes allemandes. Il n'a pas été précisé si Ikea faisait partie des invités. De son côté, le géant suédois n'a pas voulu révéler quel montant il était prêt à mettre sur la table, ni quel type d'actions l'intéressait. Le fait que les actions des plus grosses compagnies russes – comme Gazprom ou Lukoil – ne fassent pas partie du deal a refroidi nombre d'investisseurs potentiels. Ikea, cependant, se dit prêt à montrer l'exemple: «Si nous nous lançons dans cette aventure, d'autres suivront le mouvement.»