Impact Finance veut soutenir les PME de l’agroalimentaire

Investissements L’entreprise genevoise soutient 25 sociétés via son fonds basé au Luxembourg

Non rentable, elle vise les 35 millions de dollars sous gestion l’année prochaine

Un investissement qui raconte une histoire. Comme celle d’Ali Kizildag. Cet entrepreneur d’origine turque a fondé Anka Food il y a trois ans. Basée à La Chaux-de-Fonds avec une filiale à Zougdidi, en Géorgie, comptant une usine de conditionnement, trois centres d’achat et une institution de microfinance, cette société exporte des noisettes de Géorgie vers plusieurs pays d’Europe. Pour cela, elle réunit les efforts de plus de 700 producteurs en les invitant à appliquer des pratiques agricoles soutenables qui augmenteront leur rendement, et en les rendant moins vulnérables grâce à un accès au financement.

Voilà une des 25 entreprises que la société genevoise Impact Finance soutient à travers son fonds, basé au Luxembourg. Ces PME sont souvent actives dans l’agroalimentaire, que ce soit dans la production ou le conditionnement. Il y a par exemple Boréal Roasters, un torréfacteur genevois qui travaille en direct avec des coopératives de producteurs, ou Inagrofa, actif dans la filière du quinoa en Equateur.

«Notre idée était de reproduire le succès des fonds de dette en microfinance. Nous n’investissons pas dans le capital des sociétés», explique Benjamin Firmenich, associé dans cette aventure avec Cédric Lombard et Fabio Malanchini. Le montant moyen prêté aux sociétés atteint 560 000 dollars. «Mais ce qui nous distingue de la microfinance, qui a pour but d’apporter uniquement des services financiers, c’est que nous renforçons les moyens de production et l’accès au marché de petits producteurs. Nous mesurons l’impact des projets pour sept catégories. Outre les indicateurs économiques, nous nous penchons sur les conditions de travail, le respect des droits de l’homme, l’impact environnemental (des pratiques agricoles par exemple), la bonne gouvernance, etc. Il faut vraiment prendre la chaîne de valeur dans sa totalité», poursuit le dirigeant. Spécialiste de l’environnement, il a lui-même développé cet outil de mesure, baptisé Kharmax Impact Monitoring System.

Alors que la société genevoise avait des objectifs relativement agressifs lors du lancement de son véhicule financier en 2011, elle reconnaît aujourd’hui que la mise en place de la stratégie prend plus de temps que prévu. «Nous essayons de ramener le rôle du banquier à ce qu’il était originellement, à savoir un soutien à l’entrepreneur. Nous avons certes pris du temps pour identifier des entreprises et établir des relations de confiance mais durant ces trois ans, nous avons affiné notre concept et construit un portefeuille diversifié», se félicite le dirigeant.

Pour être plus proche des PME sur le terrain, Cédric Lombard, qui avait fondé les sociétés genevoises de microcrédit BlueOrchard puis Symbiotics, s’est établi en Colombie avec sa famille. «Il y a un fort développement des entreprises d’impact [des sociétés qui tendent intentionnellement vers un but social et environnemental] en Amérique latine, c’est donc très intéressant de participer à cette croissance dans ces pays», explique le Genevois de 33 ans.

Avec 19 millions de dollars sous gestion, la société du bout du lac n’est pas encore rentable. Là aussi, il faut se montrer patient. «Mais l’arrivée d’un investisseur institutionnel cette année nous ouvre de nouvelles perspectives, assure Benjamin Firmenich, héritier du groupe familial actif dans les parfums. D’autres devraient suivre.» L’objectif d’Impact Finance est d’atteindre les 35 millions de dollars en 2015. «Nous visons un rendement annuel sur le long terme de 3 à 5%. Cette année, nous nous situons à 0,6% par trimestre, soit quelque 2,4% si l’on extrapole sur l’ensemble de l’année», conclut l’associé.

«Nous essayons de ramener le rôle du banquier à son origine, à savoir un soutien à l’entrepreneur»