Finance durable

Impact investing: un nouvel acteur qui va changer la donne

Comme souvent, les investisseurs privés et les fondations ont joué un rôle pionnier dans l’émergence de cette approche ISR

Plus libres de leurs engagements financiers que les investisseurs institutionnels, ils ont exploré ces nouvelles frontières de l’investissement où l’on parvient à associer performance financière et fort impact social. Le travail de ces pionniers a ouvert une nouvelle voie – enthousiasmante – qui redonne du sens au capital.

Force est de constater que les volumes réellement investis dans l’impact investing restent cependant très en deçà de l’engouement que suscite l’industrie aujourd’hui. Avec quelques dizaines de milliards d’euros investis, et au mieux quelques centaines de fonds disponibles, l’impact investing n’est encore qu’un épiphénomène dans le marché mondial de la gestion d’actifs. Les investisseurs institutionnels – en particulier – hésitent à franchir le pas devant le manque de produits financiers, la liquidité limitée, l’absence de grands noms reconnus. Une étude conduite par Lombard Odier en 2012 montre que si les fonds d’impact investing pèsent en moyenne 85 millions de dollars, la médiane du secteur s’établit à seulement 24 millions. Insuffisant pour des investisseurs institutionnels habitués à engager des tickets de plusieurs dizaines de millions.

Pour le moment, les perspectives de croissance de l’impact investing se heurtent donc à un plafond de verre. L’offre est trop faible pour absorber les volumes des investisseurs institutionnels. Et sans ces derniers, il est compliqué – et onéreux – de développer de nouveaux produits.

Cette situation pourrait bien se débloquer avec l’arrivée dans le paysage d’un nouvel acteur de poids: les pouvoirs publics. Pour la toute première fois, l’impact investing a été inscrit à l’agenda du G8, et David Cameron a convoqué à Londres début juin un forum spécifique sur le sujet, en préparation du sommet. L’occasion pour le premier ministre britannique de lancer la London Social Stock Exchange, une bourse destinée à coter les entreprises sociales. Et pour l’administration Obama, d’annoncer la création de la National Impact Initiative, un programme destiné à faire de l’impact investing un élément central – et non pas périphérique – de la politique économique et sociale américaine.

Les politiques ont saisi tout l’intérêt qu’ils avaient à soutenir l’impact investing: mobiliser les capitaux privés afin de résoudre des problèmes sociaux que les finances publiques ont plus de mal que jamais à assumer. David Cameron avait ainsi fait de l’initiative «Big Society» une partie essentielle de son programme électoral. Et le gouvernement Hollande en France s’est doté d’un ministère dédié à l’économie sociale et solidaire.

Ces programmes ambitieux devraient rapidement changer la donne dans au moins deux dimensions que sont l’infrastructure et le financement.

Au niveau de l’infrastructure, l’action des pouvoirs publics va permettre d’accélérer la standardisation et la labélisation du secteur en agissant directement sur les conditions-cadres. La nouvelle typologie de fonds dits EuSEF (European Social Entrepreneur Funds) créée cette année par l’Union européenne en est une illustration intelligente.

En termes d’investissement, en engageant directement les fonds publics dans l’impact investing, les pouvoirs publics vont permettre à l’industrie de franchir la masse critique nécessaire pour entraîner les institutionnels. Les Etats-Unis ont débloqué un milliard de dollars pour l’impact investing dans le cadre du programme «Small Business Administration». Cette enveloppe destinée au marché domestique est complétée par les 333 millions que l’OPIC (Overseas Private Investment Corporation) va consacrer à l’international. En Angleterre, l’entité Big Society Capital, créée pour porter les investissements publics dans ce secteur, bénéficie déjà d’une enveloppe de 600 millions de livres. La France, de son côté, consacre 500 millions d’euros aux entreprises sociales au travers de sa Banque publique d’investissement. Et des annonces similaires se multiplient actuellement en Europe, en Asie et en Afrique.

Au final, toutes ces mesures vont avoir une conséquence directe: donner un signal et rendre le secteur investissable pour les grands institutionnels. Leur arrivée va permettre d’industrialiser le secteur, renforcer les expertises, développer l’offre, construire des équipes. Et, au final, propulser l’impact investing dans une nouvelle échelle de développement.

* Head of Impact Investing, Lombard Odier

Pour la toute première fois, l’impact investing a été inscrit à l’agenda du G8

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