Moins de deux ans après sa création, Taurus lève un montant à huit chiffres (confidentiel) auprès d’investisseurs existants et nouveaux, dont Arab Bank Switzerland, le groupe immobilier coté Investis Group, Lombard Odier et la Tezos Foundation. La société genevoise, qui fournit des équipements pour la finance numérique, compte accélérer son développement grâce à ces capitaux.

«D’une vingtaine de collaborateurs, dont une majorité d’ingénieurs, nous prévoyons de doubler nos effectifs d’ici à deux ans et saisir des opportunités de croissance en matière d’infrastructure en Europe, en Asie ou au Moyen-Orient», détaille Lamine Brahimi, ancien responsable de la digitalisation chez Lombard Odier et l’un des quatre cofondateurs de Taurus (qui demeurent actionnaires majoritaires après la levée de fonds).

Intérêt plus large

Pour l’instant, la société a été majoritairement active dans le domaine de l’infrastructure des actifs numériques (émission, stockage, connectivité), et affirme compter parmi ses clients tout le spectre de banques et de sociétés technologiques: «Le marché avait besoin de s’équiper, un petit nombre d’établissements précurseurs s’est lancé en 2018-début 2019 et, maintenant, nous voyons un intérêt beaucoup plus large, y compris de la part de banques systémiques et universelles en Suisse et dans le reste du monde», précise Sébastien Dessimoz, un autre des cofondateurs.

Les actifs numériques, ce sont des jetons auxquels peuvent être attachées des actions et des obligations. En émettant de tels jetons – aussi appelés «tokens» –, une entreprise pourra se financer de manière plus fluide et moins coûteuse que si elle devait passer par la bourse.

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«Historiquement, seules les plus grandes entreprises ont accès à la cotation en bourse, pour des raisons de coûts notamment, poursuit Sébastien Dessimoz. En Suisse, c’est le cas pour 200 à 230 sociétés, alors que le pays compte plus d’un demi-million d’entreprises. Pour lever des fonds et permettre l’échange de leurs titres, les autres doivent encore passer par des procédures papier et manuelles. Les technologies comme la blockchain et les actifs digitaux permettent de numériser ces processus.» A terme, acheter ou échanger des actions ou obligations «tokenizées» d’entreprises non cotées pourrait devenir aussi simple qu’acheter un livre sur une plateforme de l’e-commerce.

Besoin de pouvoir acheter et vendre facilement

Pour en arriver là, des bourses spécialisées sur les actifs numériques devront exister. Ce n’est pas encore le cas, et des investisseurs peuvent craindre d’acquérir des tokens qu’ils ne pourraient pas revendre, à moins de placer l’équivalent d’une petite annonce sur un site spécialisé.


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Plusieurs projets de plateformes d’échanges pour tokens sont en cours dans le monde. En Suisse, l’opérateur de la Bourse SIX veut ouvrir un segment dédié. Taurus aspire également à créer une place de marché qui sera quant à elle focalisée sur les capitaux privés. L’entreprise a déposé une demande auprès de la Finma dans ce sens, elle aura besoin d’une licence de «maison de titres», la nouvelle appellation de l’activité de négociant en valeurs mobilières.