Peu importe ce que ça lui coûte, Nestlé tient au franc

Effets de change Au premier trimestre, le chiffre d’affaires du géant de l’alimentaire a perdu 4,5% à cause du franc fort

Malgré cela, «Nestlé reste avec la monnaie suisse», martèle Peter Brabeck

Quand Nestlé abandonnera-t-il le franc comme monnaie de référence? Périodiquement, la question revient sur la table. Surtout maintenant que cette devise, forte, rogne plus que jamais le chiffre d’affaires du géant de Vevey. Selon un communiqué publié vendredi, les ventes du numéro un mondial de l’alimentaire ont progressé de 0,5%, à 20,9 milliards de francs, sur les trois premiers mois de l’année. Mais elles ont été affectées à hauteur de 4,5% par l’effet négatif des taux de change. Car, même si la Suisse ne représente que 2% du chiffre d’affaires global de Nestlé, le franc fort pèse mathématiquement sur le résultat consolidé du groupe.

Qu’un actionnaire ou qu’un journaliste lui pose la question, Peter Brabeck-Letmathe, président du groupe aux 339 000 employés, répond la même chose: «Nous hissons chaque matin le drapeau suisse à notre quartier général de Vevey. Cela témoigne de l’attachement de Nestlé à la Suisse. Nestlé reste avec le franc suisse», a-t-il martelé face à l’assemblée générale qui se tenait jeudi à Lausanne.

Changer de devise de référence – comme l’ont par exemple fait Novartis, ABB ou Syngenta en choisissant le dollar – ne semble donc pas figurer à l’agenda de la multinationale. «Même si nous sommes au­jour­d’hui encore dans l’après-15 janvier et que le thème du franc fort est dans tous les esprits, je pense que, chez Nestlé, un changement de devise n’est pas imminent», écarte l’analyste de la banque J. Safra Sarasin Michael Romer. Comme Peter Brabeck l’a redit durant l’assemblée générale, les thèmes «suisses» qui préoccupent les dirigeants de Nestlé concernent davantage la réglementation (par exemple la révision du droit de la SA) que le franc fort.

Idem du côté de la banque Vontobel. «Changer de devise de référence est aussi évoqué par les investisseurs pour Givaudan, Lindt & Sprüngli ou SGS, des sociétés où le franc a également un impact significatif. Mais je serais très surpris que Nestlé franchisse le pas», relève Jean-Philippe Bertschy. L’analyste estime en outre que le fabricant des capsules de café Nespresso ou des barres de chocolat Cailler utilise cet argument «davantage comme une sorte de pression politique qu’autre chose…»

Franc fort ou faible, l’indicateur le plus scruté par les observateurs de Nestlé reste la croissance organique. Ce véritable baromètre de la santé du groupe a progressé de 4,4% sur les trois premiers mois de l’année, tiré notamment par la division des eaux en bouteille (voir encadré). La zone Amériques a par contre «démarré lentement», selon le communiqué. Et cela devrait rester compliqué. A en croire Peter Brabeck, ces derniers mois, le marché américain de l’industrie alimentaire a été «pulvérisé». Les fonds d’investissement 3G Capital et Berkshire Hathaway ont redistribué les cartes grâce à «des acquisitions en série». En cause, le rapprochement entre les géants de la bière Anheuser-Busch et InBev, la reprise du canadien des cafés et autres donuts Tim Hortons par Burger King ou la fusion entre Heinz et Kraft Foods. «Cela demande une accélération de notre politique d’ajustement du portefeuille des activités», a estimé Peter Brabeck.

Peut-on dès lors attendre des désinvestissements en Amérique du Nord? Par exemple dans les surgelés, à l’image de la cession de la filiale française Davigel à Brakes Group qui s’est précisée ce début de semaine? «Difficile à dire, il s’agit pour l’instant de proposer davantage de produits sans gluten, de changer certains emballages, mais je serais très étonné qu’il y ait une vente dans les prochains mois. Sauf si la situation ne s’améliore pas», estime Jean-Philippe Bertschy. Un rapprochement avec le nouveau duo Heinz-Kraft reste toutefois possible, conclut l’analyste.

Les thèmes «suisses» qui préoccupent Nestlé concernent plutôt la réglementation que le franc fort