Banques

Peu importe le plan italien, les petits épargnants seront perdants

Le chef du gouvernement Matteo Renzi négocie avec Bruxelles pour éviter une crise bancaire. Les ménages devront passer à la caisse. Qu’ils soient contribuables ou investisseurs

Le système bancaire italien, dont les faiblesses ont été remises à nu par le Brexit, est en équilibre précaire. Entre deux déclarations optimistes, Matteo Renzi négocie avec Bruxelles pour le sortir de l’impasse.

Le chef du gouvernement italien a deux feux simultanés à éteindre. Le premier, peut-être le plus urgent, concerne la recapitalisation des banques. Signe du degré d’urgence, la plus internationale d’entre elles, Unicredit, a annoncé mardi la vente de 10% de l’une de ses filiales, FinecoBank, pour 328 millions d’euros. But de l’opération: renforcer son bilan – précisément son ratio CET1, l’indicateur le plus scruté par les marchés.

Surtout Monte dei Paschi

Le second problème à régler – directement lié au premier – porte sur la qualité des portefeuilles des établissements financiers. Ceux-ci contiendraient quelque 360 milliards d’euros de créances douteuses. «Les banques italiennes ne sont, certes, pas assez compétitives et ont trop tardé à assainir leur bilan. Mais la situation n’est pas si catastrophique, veut tempérer Nicola Borri, du département d’économie et de finance à l’Université LUISS de Rome. Il y a surtout une banque, Monte de Paschi, qui concentre les prêts douteux et qui est en danger de disparition».

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Ni à Bruxelles, ni à Rome, les détails sur de quelconques mesures n’ont pour l’instant été annoncé. Il faudra probablement attendre le 19 juillet et la publication des résultats des tests de résistance des banques européennes. Ils pourraient servir d’excuse officielle à Rome pour lancer un plan de sauvetage.

L’on sait néanmoins depuis lundi que l’idée générale tourne autour de la mise en place d’une capitalisation préventive avec une garantie publique. Comment peut-elle s’articuler? Depuis début 2016, les nouvelles règles européennes, imaginées après la crise financière, veulent éviter de faire porter le fardeau aux contribuables – la fameuse «socialisation des pertes».

Bail-in ou bail-out?

Ainsi, les sauvetages bancaires publics doivent désormais d’abord mettre à contribution les actionnaires, créanciers et déposants. Comme la majorité des dirigeants européens, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, veut que cette nouvelle donne soit respectée.

Il faudra donc passer par ce que l’on appelle un «bail-in». Le problème, c’est que les créanciers en question sont aussi des petits épargnants. Selon les estimations de Bank of America Merrill Lynch, les petits investisseurs détiennent 235 milliards d’obligations bancaires italiennes. Ces titres représenteraient entre 11 et 14% de l’épargne privée en Italie.

«On les a présentées aux ménages comme des actifs sûrs, témoigne Nicola Borri. Il y en a donc beaucoup plus en mains de privés que dans d’autres pays, où ils sont surtout en mains de fonds ou d’investisseurs professionnels».

Réduire la douloureuse

Voir renaître l’ancienne formule des plans de sauvetage, les «bail out», est peu probable. Ce d’autant plus que dans un tel scénario, l’Etat italien se verrait forcer de faire appel aux contribuables. «Le niveau de la dette publique, d’environ 133% du PIB, lui laisse très peu d’espace pour amortir les chocs», selon le diagnostic livré mardi par l’antenne italienne du FMI.

Dans ces négociations avec l’Europe, Matteo Renzi joue aussi son avenir politique. Les électeurs lui feraient payer leurs pertes dans les urnes, en refusant la réforme constitutionnelle qui sera votée cet automne. Nicola Borri s’attend ainsi à voir émerger un accord conforme aux exigences européennes mais pondéré à l’intérieur du pays. «Le gouvernement italien pourrait par exemple octroyer des crédits d’impôts aux épargnants lésés». Une façon de réduire la douloureuse que devront probablement régler les Italiens.

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