«Etablir un budget pour l'année prochaine n'a jamais aussi été difficile depuis un siècle.» Président-directeur général (PDG) de la société de conseil française en technologies Altran, Yves de Chaisemartin ne s'avance pas à faire des prévisions pour 2009. Rencontré en fin de semaine dernière à Lausanne, il souligne ne pas encore voir d'indices concrets quant aux effets de la crise sur la demande dans les domaines d'activité de son groupe, les services dans la recherche appliquée, le management ou l'informatique. «Nous continuons à investir dans notre croissance, mais nous sommes prêts à réagir immédiatement à l'apparition de signes de ralentissement.»

Altran, revendique le statut de leader dans son domaine en Europe. La société a enregistré au 1er semestre des hausses de 5% du chiffre d'affaires, à 831 millions d'euros, et de 52% du résultat opérationnel, à 58,7 millions. La Suisse est son 8e marché (2% du chiffre d'affaires).

Selon Yves de Chaisemartin, les différentes industries ne sont pas exposées de la même manière à la conjoncture. «Dans l'énergie, les besoins sont énormes. Il y a, par exemple, le remplacement de la production d'électricité à partir de carburants fossiles par des technologies renouvelables, comme l'éolien.» Dans l'aéronautique et la défense, les carnets de commandes sont pleins, tandis qu'un groupe comme Airbus, un client d'Altran, doit restructurer sa production. Il s'agit d'autant de chantiers qui généreront des contrats pour les sociétés de conseil.

Par contre l'incertitude est plus grande dans des domaines comme l'automobile, les télécommunications et la finance, admet le PDG d'Altran. Cependant ces secteurs ne manquent pas de défis, comme le renforcement des systèmes de contrôle et de gestion des risques dans la banque, le développement des médias sur Internet ou le lancement de nouveaux modèles dans l'automobile. «L'innovation est une réponse à la crise.»

Entrée d'Apax dans le capital

Pour des raisons propres à l'histoire d'Altran, Yves de Chaisemartin préfère traverser la période actuelle que la phase de refinancement de la dette, une question à 150 millions d'euros (231,6 millions de francs), qui s'est terminée en avril. Le groupe a passé une bonne partie de la décennie à résoudre la question d'une lourde dette héritée d'une croissance incontrôlée lors du gonflement de la bulle internet. «Nous avons eu de la chance. Nous n'aurions pas obtenu les mêmes conditions en ce moment.» Le groupe français a en outre récolté 130 millions d'euros grâce à l'entrée dans son capital du fonds de private equity Apax Partners.