Le Temps: Le débat sur un troisième plan de stimulation de l’économie suisse fait actuellement rage. La Suisse en a-t-elle réellement besoin?

Beat Burgenmeier: Absolument. Il faut agir au plus vite car le chômage va augmenter et peser sur la consommation ces prochains mois. Parallèlement, les exportations ne vont pas redémarrer en raison de l’atonie de l’économie mondiale. Je m’attends par ailleurs à un effondrement des rentrées fiscales pour 2009. De manière générale, il vaut toujours mieux prendre les devants que subir les conséquences.

– Où faut-il agir en priorité?

– Il convient de bien identifier les secteurs qui connaissent des problèmes d’emploi. Appliquer les recettes du New Deal, dans les années 1930, qui consistaient à employer les chômeurs dans le seul but de les occuper et de leur verser un salaire est inutile.

L’une des idées parmi les plus intéressantes consiste à utiliser les programmes de relance pour préparer l’avenir. Il faut donc investir dans la recherche et le développement, dans les créneaux qui vont de toute manière devenir stratégiquement important pour assurer la prospérité future. Saisissons l’opportunité de casser l’image selon laquelle l’environnement est uniquement une source de dépenses.

– Que proposez-vous concrètement?

– Il y a un énorme gisement de possibilités dans les économies d’énergie, sous-exploitées. De nombreuses PME sont déjà actives dans ces domaines: il suffirait de renforcer la tendance. Comment? En menant une politique d’incitation qui passerait par une réforme fiscale écologique. Sans dépenser un franc dans l’immédiat, un tel choix politique permettrait de réorienter l’ensemble de l’économie.

Prenez l’exemple de la tarification de l’électricité à Genève. Payer pour de l’énergie propre coûte aujourd’hui plus cher que pour celle qui est produite traditionnellement. C’est contraire à toute logique économique! On doit faire en sorte que l’énergie de l’avenir soit moins chère si on veut la favoriser. Il faut changer la logique.

– Pour l’heure, cela reste apparemment un vœu pieux…

– Ce troisième paquet s’apparente effectivement à une occasion pour chaque lobby de faire part de ses doléances. Je crains fort que l’on ne débouche finalement sur l’un de ces compromis helvétiques où tout le monde touche quelque chose, avec une dilution totale de l’impulsion souhaitée.

– L’une des principales critiques émises à l’égard des plans de relance porte sur leur caractère procyclique. Contestez-vous que ces paquets risquent de générer une surchauffe en déployant leurs effets trop tard?

– Je vous répondrai par la question suivante: pourquoi sont-ils procycliques? Tout simplement parce que les milieux politiques tardent trop à agir. Cet argument plaiderait donc en faveur d’une action rapide.

A ce titre, les Américains ont eu le courage de proposer dès janvier un paquet d’une très grande envergure. Le Fonds monétaire international (FMI) préconise d’ailleurs d’investir au moins 2% du PIB pour relancer les machines. Nous en sommes très loin en Suisse, où il aurait fallu passer à la vitesse supérieure à la fin de 2008 déjà.

– Et que répondez-vous à l’argument selon lequel l’économie helvétique est trop ouverte pour qu’une stimulation ait un réel impact à l’intérieur du pays?

– Cette manière de voir les choses signifie qu’il faut attendre que les autres Etats prennent des mesures. Je plaide au contraire pour une action solidaire. Si l’argent part à l’étranger, nous en bénéficierons indirectement puisque nous soutenons aussi la demande de nos clients. Dans une économie interdépendante, il est tout simplement absurde de raisonner avec un tel esprit de clocher.