Rendez-vous phare du secteur du transport aérien, le «Star Alliance Chief Executive Board Meeting» réunit deux fois par an les directeurs des 28 transporteurs membres de son réseau. L’édition 2016 d’été de ce rendez-vous s’est tenue samedi et dimanche à Zurich, une manière de rappeler que Swiss avait rejoint le réseau de compagnies aériennes il y a maintenant tout juste dix ans. En marge de l’événement, Mark Schwab, le directeur de Star Alliance, commente pour la dernière année passée à la tête de l’organisation les perspectives pour ce secteur, l’impact des prix du pétrole et les enjeux concernant les questions liées à la sécurité. En janvier 2017, il sera remplacé par Jeffrey Goh, comme l’a société l’a annoncé samedi.

Le Temps: Comment évaluez-vous la demande pour le marché du transport aérien en 2016?

Mark Schwab: Compte tenu de la diversité des 28 compagnies aériennes membres de Star Alliance, nous avons l’avantage de disposer d’un très large panorama sur l’ensemble du secteur du transport aérien. Côté positif, la diminution des prix du pétrole a bien sûr contribué à réduire les coûts des transporteurs, même si certains de nos membres n’en ont pas encore entièrement profité en raison des mesures de protection contre les variations de cours (ou hedging, ndlr) qu’ils avaient adoptées auparavant. Il faudra encore attendre que ces contrats de hedging arrivent à échéance pour que le recul des prix du brut produise véritablement tous ses effets sur les coûts des compagnies. Côté négatif, la chute des cours du pétrole a eu un impact néfaste sur les voyages d’affaires vers certaines destinations. Par exemple, le site de Houston au Texas, un hub très important pour United, a souffert de cette situation. De manière générale, le secteur du transport aérien continue de croître plus vite que le PIB mondial. La branche croît d’environ 4% par an contre moins de 3% attendu pour l’économie mondiale cette année (ndlr: l’OCDE anticipait récemment un «faible» 3% de croissance du PIB mondial en 2016). S’agissant de Star Alliance, qui représente environ un quart de l’ensemble du secteur au niveau mondial, le chiffre d’affaires annuel de nos membres a crû en moyenne entre 4,5 et 5% ces dernières années.

- Y a-t-il de grandes différences selon les régions?

- L’Amérique latine connaît des temps difficile, le Brésil en particulier. La demande reste robuste en Amérique du Nord, alors qu’elle se stabilise en Europe, même si l’environnement actuel sur le Vieux Continent continue de constituer un défi. Quant à l’Asie, ce marché continue de croître plus vite que les autres régions du monde, bien qu’à un rythme un peu moins élevé qu’au cours des années précédentes.

- Le ralentissement de la croissance en Chine est-il perceptible dans votre secteur?

- La croissance du secteur aérien en Chine dépasse toujours celle observée dans la plupart des autres régions du monde. La classe moyenne chinoise continue d’augmenter rapidement. Quelque 100 millions de Chinois voyagent à l’international. Le secteur du transport aérien en Chine progresse à un rythme significativement plus rapide que la moyenne de notre secteur.

- Entre la mi-2014 et janvier 2016, les prix du pétrole n’ont cessé de chuter. Depuis mars, une inversion de tendance s’est mise en place. Quel est l’impact du récent rebond des cours du brut sur la rentabilité des compagnies aériennes?

- La baisse des cours du pétrole depuis 2014 a eu un impact très différent en fonction des régions où sont actives les compagnies aériennes. Cela dépend de l’évolution de leur devise face au dollar. Sur une base relative, les coûts du kérosène au Brésil n’ont ainsi pas tellement baissé ces dernières années compte tenu de la chute du real face au dollar.

- Alors que les risques d’attentats terroristes restent jugés élevés actuellement en Europe, la question de la prise en charge des coûts des mesures de sécurité dans les aéroports se pose à nouveau. Qui doit payer pour le renforcement de la sécurité, l’Etat ou aussi les compagnies aériennes?

- Star Alliance n’a pas une position formelle commune à ce sujet. Personnellement, je pense qu’il incombe aux gouvernements d’assurer la sécurité des passagers, peu importe que ceux-ci se trouvent dans l’aéroport lui-même, dans une gare ou dans une station de bus. Cela dit, le besoin d’une coordination étroite entre les autorités, les compagnies aériennes ou les exploitants de l’aéroport sera toujours plus importante à l’avenir. Et c’est là que nous avons un rôle à jouer. Sinon, s’il existe des normes complètement différentes dans chaque aéroport, cela rend la situation trop difficile, aussi bien pour les compagnies que pour les passagers. Si vous effectuez un vol avec trois connexions, vous n’avez pas envie d’être confronté à des procédures ou à des mesures de sécurité complètement différentes à chaque escale.

- Avec 28 membres actuellement, le réseau dont dispose Star Alliance peut-il être considéré comme complet?

- Notre réseau est relativement stable. Il y a de temps à autre des sociétés qui sortent de notre alliance – souvent suite à des activités de fusion & acquisitions – et d’autres qui la rejoignent, comme Air India ou Avianca au Brésil. La période où chaque année une ou deux compagnies joignaient Star Alliance est terminée.

- Sur quels projets mettez-vous l’accent au sein de Star Alliance?

- Un des objectifs essentiels est l’amélioration de l’expérience de nos clients. Cela inclut non seulement la phase du vol lui-même mais surtout aussi tout ce qui a lieu avant et après. Par exemple, les possibilités de réserver et de s’informer sur un voyage à l’aide de son smartphone. Cela peut paraître simple mais cela a de grandes implications pour nos membres sur le plan technologique. Ceux-ci doivent mettre en commun leurs plateformes IT afin d’assurer une fluidité continue des informations entre les différentes compagnies. Par exemple, un client qui vole depuis Auckland à Zurich, avec des escales à Singapour et Francfort, doit pouvoir disposer de la même qualité d’information et de services avec toutes les compagnies qu’il utilisera.

- Quel est le degré d’autonomie de vos membres. Allez-vous par exemple les obliger à proposer le wifi en vol à l’avenir?

- Non, l’accès au réseau wifi en vol n’est pas une exigence de Star Alliance. Je ne peux pas prédire quand tous les membres de notre alliance le proposeront. Néanmoins, c’est un domaine qui évolue rapidement. Je pense qu’un certain nombre de compagnies l’offriront peu à peu comme un service standard et d’autres le proposeront en option.

- Dans un secteur hautement compétitif, dans quels segments vaut-il mieux miser ces prochaines années, le low-cost ou le haut de gamme?

- On observe une convergence entre ces deux segments chez de nombreuses compagnies. Certains transporteurs low-cost adoptent une approche hybride. Des compagnies à bas coûts offrent par exemple des services supplémentaires, notamment pour séduire la clientèle d’affaires. Malgré tout, il y aura toujours des compagnies qui se concentreront uniquement sur le haut de gamme. Mais peu importe le segment dans lequel vous êtes actifs votre offre doit dans tous les cas être concurrentielle par rapport à celle de vos concurrents.