Lorsque le National Congress Party a pris le pouvoir en 2009, la croissance du PIB de l’Inde semblait défier la gravité en atteignant un record de 10,4% en 2010. Le nouveau gouvernement de coalition semblait déterminé à placer l’Inde dans le club des grandes puissances économiques grâce à une politique de croissance inclusive qui devait élever des millions d’Indiens au statut de classe moyenne. Les investisseurs étrangers, attirés par des promesses d’ouverture et de libéralisation économique, ont massivement investi dans la roupie, les obligations et les actions indiennes.

Aujourd’hui, la coqueluche des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) a perdu de son attrait. Le gouvernement indien doit faire face à un ralentissement notable de la croissance économique, qui est tombée à un taux de 5,3%, inférieur aux 7% nécessaires au maintien de l’emploi. A cela s’ajoutent un déficit budgétaire qui représente 8,3% du PIB et un déficit extérieur de 4,1% du PIB. En l’absence de majorité parlementaire, le premier ministre peine à faire passer les réformes pour réduire le double déficit, comme la diminution de la subvention du prix du pétrole. Le déficit extérieur est structurel, l’Inde n’ayant ni matières premières, contrairement à la Russie et au Brésil, ni un grand secteur manufacturier exportateur, contrairement à la Chine. De plus, les scandales impliquant des sociétés étrangères venues s’implanter en Inde et leur résolution expéditive en défaveur de celles-ci ont significativement réduit l’engouement des investisseurs étrangers pour ce marché de 1,2 milliard d’habitants. A titre d’illustration, les 122 licences de télécoms concédées en 2011 par le gouvernement sans adjudications sont aujour­d’hui remises en cause par la Cour suprême du pays, qui envisagerait des expropriations.

Cela étant, le pessimisme général vis-à-vis de l’Inde doit être tempéré par la considération d’un certain nombre d’indicateurs. Avec un taux d’épargne des ménages de 30% du PIB, contre moins de 5% aux Etats-Unis, l’économie indienne dispose d’une réserve domestique importante qui pourrait être mise à profit pour des investissements. Comme déjà observé en 2008, l’Inde présente une grande résilience au ralentissement économique mondial, grâce à sa consommation domestique privée, qui s’élève à 60% du PIB (48% en Chine).

Après 13 hausses consécutives des taux directeurs sur les 18 derniers mois, l’inflation a chuté d’un sommet de 10% en 2011 à 7,5% cette année. Cependant, les moyens de la banque centrale restent limités pour relancer l’économie. Enfin, la dévaluation massive de la roupie indienne ravit les exportateurs nationaux.

Après le rush et les désillusions, force est de constater que l’Inde bénéficie d’atouts incontestables lui permettant de reprendre sa place parmi les BRIC si les réformes se poursuivent.

* Responsable des marchés émergents, HSBC Private Bank (Suisse) SA