L’Inde est l’une de nos fortes convictions d’investissement. Les perspectives de réformes ouvertes par les récentes élections n’ont fait que la renforcer.

Le 18 mai dernier, à l’annonce de la très nette victoire électorale du parti du Congrès, la bourse de Bombay a connu l’une de ses plus folles journées, l’indice Sensex bondissant de 17%, soit l’une des plus fortes progressions journalières de son histoire. En effet, avec 206 sièges sur 543 au parlement, ce succès permet à l’actuel premier ministre d’être reconduit dans ses fonctions.

Le paradoxe veut que le marché ait progressé dans les mêmes proportions qu’il avait plongé le 17 mai 2004, lors de l’arrivée au pouvoir du même Manmohan Singh à la tête d’une coalition hétéroclite rassemblant le parti du Congrès et les communistes. Entre-temps, le parti du Congrès a su convaincre les milieux économiques de sa crédibilité, notamment au travers de l’efficacité des mesures prises par la banque centrale lors de la flambée d’inflation de 2008 (13% en août). Le soulagement est d’autant plus palpable que les sondages faisaient état, jusqu’au dernier moment, de la possibilité d’un gouvernement d’alliance intégrant les communistes et le parti des intouchables, mené par la très controversée Mayawati.

Or, c’est exactement l’inverse qui s’est produit: les partis d’extrême gauche ont été laminés, tandis que les électeurs ont pris leurs distances vis-à-vis des partis locaux. Contré par les communistes sur nombre de dossiers au cours de la précédente législature (possibilité pour les groupes étrangers de détenir 49% des sociétés d’assurances indiennes, libéralisation du secteur bancaire, ouverture de la grande distribution aux enseignes étrangères) le parti du Congrès a désormais les coudées franches pour mener à bien son programme de réformes économiques.

Dans ce pays de 1,17 milliard d’habitants, le deuxième plus peuplé au monde, la croissance économique pourrait repasser sous la barre des 5% en 2009. Mais l’Inde a connu cinq années de forte croissance (9% par an) au cours desquelles le sous-continent est devenu la dixième économie mondiale. Elle reste certes confrontée à un certain nombre de faiblesses structurelles, que l’euphorie post-électorale ne doit pas faire oublier: instabilité politique avec le Pakistan, déficits publics importants (9,9% du PIB en 2008-2009), manque d’infrastructures ou dépendance énergétique. Toutefois, avec un PIB de 2800 dollars/habitant (contre 6000 dollars/ha pour la Chine), son potentiel de croissance est colossal. En matière de production d’électricité, le gouvernement indien a finalisé son 12e plan, qui prévoit de doter le pays de 100 GW de capacités supplémentaires à l’horizon 2013-2017. Les retombées pour un groupe comme BHEL, plus grand fabricant indien d’équipements électriques lourds, sont évidentes. Nous avons aussi pris position dans GMR, un opérateur présent dans les infrastructures de production d’électricité, les routes et les aéroports, en particulier celui de Delhi.

Autre bonne nouvelle: la mise en exploitation, en avril dernier, d’un immense gisement gazier dans le bassin de Krishna Godavari, au large des côtes du golfe du Bengale. A son pic de production, ce site devrait produire près de 550 000 barils équivalents pétrole par jour. Il sera notamment exploité par Reliance Industries Limited, première capitalisation du Sensex, présent dans notre fonds.

L’Inde bénéficie par ailleurs d’une forte croissance de sa demande interne.

Pour en bénéficier, nous nous positionnons de préférence sur le secteur financier, au travers de groupes tels que ICICI Bank, première banque indienne du secteur privé, ou HDFC, plus grande compagnie hypothécaire indienne, laquelle affiche une croissance de 20% sur un an (en glissement), en dépit d’une croissance 2009 en retrait.

En rebond de 70% depuis ses plus bas et en progression de 5% depuis le début de l’année, le marché indien offre d’excellentes perspectives sur le moyen terme, même si sa forte progression dans le sillage des élections incite à une certaine prudence sur le plan tactique. De plus, dans un marché qui intègre désormais une meilleure stabilité politique, des flux devraient se matérialiser en provenance des gérants internationaux, lesquels restaient sous-pondérés sur l’Inde par rapport à son poids dans le MSCI World.

*Gérant – Marchés émergents, Carmignac Gestion.

Après cinq années de forte croissance, le sous-continent est devenu la dixième économie mondiale