Pour réaliser un joli parcours boursier, une société doit présenter des résultats d'autant meilleurs que le secteur dans lequel elle est active est peu choyé par les investisseurs. Cela n'a pas été le cas de Givaudan qui a annoncé une stagnation des ventes en monnaies locales au premier semestre et un bénéfice net (+16% à 129 millions de francs) dans le bas de la fourchette des attentes des analystes. En conséquence, l'action a perdu 12 francs à 499 francs mardi. Elle a même baissé de plus de 8% depuis le 8 juin, date de son introduction en Bourse. Face aux incertitudes macro-économiques en Occident, les parfums et les arômes ont peu la cote, explique Michel Auch, analyste chez Ferrier Lullin & Cie. Ce handicap devrait perdurer, surtout si les économies américaine et européenne venaient à ralentir, incitant les investisseurs à se reporter sur des segments plus défensifs.

Pour l'instant, ce qui a pénalisé le spin-off de Roche au premier semestre, c'est la saturation des marchés américain, britannique et allemand dans le sous-segment des produits de consommation (savons, shampoings, détergents, etc. qui sont intégrés dans la division parfums) dont les multinationales, clientes de Givaudan, peinent à accroître l'écoulement. «Ce n'est pas parce que l'activité économique s'améliore que l'on double sa consommation de savons», explique Peter Wullschleger, porte-parole de Givaudan. En revanche, dans le cas des Etats-Unis où les indicateurs économiques sont restés très bons en première partie d'année, le sous-segment parfums fins a connu une croissance des ventes à deux chiffres. L'évolution a également été particulièrement bonne en Asie/Pacifique, une région au fort potentiel notamment dans les produits de consommation, et en Europe.

Effets de changes profitables

En fin de compte, en monnaies locales, le chiffre d'affaires de la division parfums a reculé de 1% tandis que celui de la division des arômes a gagné un petit 1%. Un résultat un peu décevant, commente un analyste financier de la société genevoise de gestion de fortune IAM, cité par l'ATS. Alors que Givaudan stagne, ses deux principaux concurrents, IFF et Quest, ont enregistré une croissance de 3 à 4% sur les six premiers mois de l'année en monnaies locales. Toutefois, l'américain IFF, le concurrent le plus comparable à Givaudan, a lancé un profit warning pour la fin de l'année, prévoyant des retards de commandes et la persistance de la vigueur du dollar.

Ce dernier facteur a en revanche favorisé Givaudan qui a pleinement profité des effets de changes. Ainsi, convertis en francs suisses, les chiffres d'affaires sont nettement meilleurs. Les ventes totales ont augmenté de 8% à 1,2 milliard de francs. Celles de la division Parfums se sont accrues de 4% à 572 millions de francs et celles de la division Arômes de 11% à 631 millions de francs. Toujours dans les bonnes nouvelles, avec un bénéfice d'exploitation (209 millions de francs, +14%) presque deux fois supérieur aux ventes, Givaudan réalise de bons progrès. Sur le plan de la rentabilité, la société genevoise est sur le point de devenir la meilleure élève de sa classe, relève Michel Auch.

Bien qu'il considère que Givaudan reste le meilleur titre du secteur, l'analyste est mitigé sur sa croissance future: «La société a toujours réussi à se démarquer de ses concurrents en augmentant ses parts et ses marges. Mais dans un domaine très compétitif où elle possède déjà entre 14 et 16% du marché mondial, son potentiel est assez limité.» C'est la raison pour laquelle il maintient sa recommandation «garder» sur le titre qui devrait, à ses yeux, croître de quelque 10 petits pour cent d'ici à douze mois.

Givaudan se veut plus optimiste. Elle compte bien présenter de bons résultats pour l'exercice 2000 grâce «à ses efforts incessants pour réduire les coûts et à la solidité de sa situation financière», précise-t-elle. Elle devrait en outre accroître ses ventes locales au second semestre suite à la conclusion de nouveaux contrats avec des multinationales dans le secteur des arômes et des biens de consommation. Elle compte enfin sur les nouvelles usines, ouvertes durant ce premier semestre aux Etats-Unis et à inaugurer en Asie en seconde partie d'année, pour renforcer son potentiel de croissance.