Criminalité économique

Indice de corruption: la Suisse est une assez bonne élève

L’entreprise genevoise Global Risk Profile vient de publier son classement des pays selon leur niveau de corruption et de criminalité économique. Les résultats révèlent que la situation mondiale a empiré. La Suisse est bonne élève mais les chiffres sont à relativiser

La corruption mondiale s’est aggravée, selon l’entreprise Global Risk Profile (GRP). Mercredi, le cabinet genevois d’intelligence économique a publié la deuxième édition de son Indice Global de Corruption (GCI), classant 199 pays selon leur niveau de corruption et de «crimes en col blanc». Les «résultats sont alarmants», écrit Marina Klokova, responsable du développement des affaires chez GRP, dans un communiqué de presse.

Le niveau de corruption est mesuré en points: un nombre de points élevé signifie un haut degré de corruption, 100 étant la valeur maximale. «Or la tendance générale qui se dégage de la comparaison entre les chiffres 2018 et 2019 est une augmentation du nombre de pays ayant passé la barre des 50 points», résume Marina Klokova.

Le constat de l’aggravation de la corruption est partagé par Gretta Fenner, directrice du Basel Institute on Governance, quoique avec quelques nuances: «L’analyse est difficile. On parle davantage de ces thématiques et on détecte mieux la corruption, ce qui peut contribuer à amplifier les chiffres. Ce qui est sûr, c’est que le niveau de corruption n’a pas baissé; les sommes en jeu notamment ont considérablement augmenté.»

Corruption importée en Suisse

Les résultats de l’indice peuvent être affinés, si l’on se penche sur les deux «sous-indices» composant le GCI. L’un prend uniquement en compte la corruption (notamment l’expérience et la perception de la corruption) et l’autre la «criminalité en col blanc» (blanchiment d’argent et financement du terrorisme). Sonia Thurnherr, chargée de la recherche et du développement chez GRP, commente: «On constate pour certains pays qu’ils sont d’excellents élèves dans l’indice de corruption, mais moins dans celui des crimes en col blanc. Je pense en particulier à la Suisse.»

La Suisse arrive en effet 4e dans le classement sur la corruption, mais elle chute à la 53e position dans celui des «crimes en col blanc». Car si notre pays est peu concerné par la corruption domestique, il l’est en revanche davantage par la question du blanchiment d’argent, surtout issu de la corruption étrangère (in fine, la Suisse occupe le 6e rang du GCI, en raison de la pondération des sous-indices: 80% pour la corruption et 20% pour la criminalité économique).

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En l’occurrence, la corruption étrangère représente la part la plus importante des infractions préalables au blanchiment d’argent en Suisse. Selon un rapport de l’administration fédérale d’avril 2019, le blanchiment des avoirs issus de la corruption en Suisse intervient le plus souvent dans une phase dite de répartition. Après la première étape de placement des fonds, la phase de répartition consiste à brouiller leur origine illégale par de multiples opérations de conversion et de transfert entre plusieurs banques suisses. Une fois blanchi, l’argent est investi dans d’autres pays, dans des activités et achats légaux (phase d’intégration). Bien que dans une moindre mesure, la Suisse est également concernée par cette troisième étape du processus de blanchiment, notent les auteurs du rapport.

Sous-estimation des risques

Par ailleurs, s’agissant de la corruption domestique, Gretta Fenner relève qu’on sous-estime le risque auquel la Suisse est exposée: «De manière générale, les pays qui ont peu fait l’expérience de la corruption sont moins conscients des risques. Rassurés par leur réputation «propre» – attestée par ce type d’indice –, ils n’ont pas de dispositif suffisant pour détecter la corruption. Ils sont donc exposés à bien plus de risques qu’on ne le croit.»

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