Contestés depuis leur création ou presque, les indices de hedge funds, comme HFR ou CS/Tremont, subissent une nouvelle attaque. Leur fiabilité est insuffisante pour prétendre refléter correctement les performances des placements dans la gestion alternative. Ils ne devraient donc pas se voir conférer de statut officiel par le dernier projet de directive européenne sur les placements collectifs, dite directive UCITS III (Undertakings for Collective Investments in Transferable Securities).

La charge est sonnée par l'un des spécialistes les plus pointus du secteur, François-Serge Lhabitant, responsable de l'investissement de Kedge Capital à Londres et professeur à la Faculté des HEC de l'Université de Lausanne. Son reproche essentiel est l'inadéquation quasiment totale des indices comme fournisseurs d'information objectivable sur l'état du marché des hedge funds, et donc d'instrument utilisable par le grand public.

Le loup dans la bergerie

«Rendre les indices de hedge funds éligibles comme actifs sous-jacents à des fonds compatibles avec la directive UCITS signifierait que n'importe quel hedge fund offshore non approuvé pourrait être directement distribué à n'importe quel petit investisseur au travers d'un véhicule d'investissement.» Autrement dit, l'indice est un loup que le législateur européen risque de laisser entrer dans la bergerie des petits épargnants, contournant la clôture que constituent les procédures d'autorisation des fonds proposés au public.

Lhabitant poursuit son attaque en soulignant que «les indices existants de hedge funds ne sont aujourd'hui pas représentatifs de l'univers, insuffisamment diversifiés, et ne sont pas non plus publiés de manière adéquate. Ils se comportent quasiment comme des fonds de hedge funds qui seraient dirigés par des règles automatiques.»

Les défauts sont nombreux. D'abord, les indices ne résolvent pas la contradiction fondamentale entre le type de gestion, par définition active pour un hedge fund, et l'approche nécessairement passive d'un indice censé répliquer les performances d'une stratégie. «L'AIMA (Alternative Investment Management Association) cherche depuis deux ans à clarifier cette question sans résultats», remarque un autre spécialiste critique, François Duc, de l'UBP à Genève.

Un indice est un oxymoron

Cette contradiction fondamentale - un oxymoron, précise Lhabitant - est issue de plusieurs facteurs. Le premier provient des nombreux biais qui polluent la structuration même de ces indices. Ces biais sont provoqués par la grande opacité d'un secteur nullement forcé de publier ses performances. Les méthodes de collectes de données divergent fortement d'un indice à l'autre et des écarts de plusieurs points de pourcentage entre deux indices supposés similaires peuvent en résulter.

Le second émane de la quasi-impossibilité de répliquer un indice pour l'investisseur tenté de coller aux performances moyennes d'une stratégie. Là encore, l'opacité du secteur permet une sélection fort peu transparente des fonds constitutifs et ralentit la diffusion de l'information.