Indosuez Wealth Management avait dit être à l’affût de rachats. C’est chose faite jeudi, alors que la filiale de gestion de fortune de la banque française Crédit Agricole a annoncé reprendre les activités de CIC en Asie, plus particulièrement à Hongkong et Singapour.

L’établissement n’a pas divulgué le montant de l’opération. Selon le rapport annuel de CIC, on sait cependant que les fonds gérés dans la région s’élèvent à 6 milliards de dollars, qui s’ajouteront aux actifs d’Indosuez en Asie, atteignant ainsi un total de 14 milliards de dollars. Le groupe emploie 150 personnes dans les deux places asiatiques, tandis que Crédit Agricole en compte 220.

Dans la région depuis plus de 100 ans

«Cette acquisition est parfaitement dans notre cible en termes de taille. Elle n’est pas trop grande, ce qui aurait pu ralentir l’intégration, mais suffisamment importante pour nous faire grandir dans cette partie du monde qui est particulièrement dynamique», a précisé au Temps Jean-François Deroche, directeur général d’Indosuez en Suisse. «Notre présence en Asie représente désormais plus de 30% de nos activités», a-t-il ajouté. Il a aussi assuré que la banque, installée depuis 1905 à Singapour et depuis 1894 à Hongkong, y est rentable.

L’opération a une incidence particulière sur la Suisse, dont l’entité CA Indosuez pilote les activités de gestion de fortune du groupe hors de l’Union européenne. Depuis Genève, le groupe dirige ainsi les activités suisses, mais aussi asiatiques, moyen-orientales ou latino-américaines.

La Suisse au centre

Dans le cas de CIC, Indosuez acquiert une société de gestion à Hongkong (Investor Services). A Singapour, il s’agit d’une division à l’intérieur de CIC qui sera transférée à Indosuez. «Nous avons vu beaucoup d’opportunités, les acteurs présents devant désormais choisir de rester et se renforcer ou de partir et de se renforcer ailleurs ou dans d’autres domaines», a expliqué Jean-François Deroche.

Pour le groupe, cette acquisition est aussi une façon indirecte de montrer que la Suisse reste un pilier de sa stratégie. «Elle représente 35 à 40% de l’activité de banque privée du groupe», a souligné Jean-François Deroche. En 2015, Jean-Yves Hocher, directeur général adjoint du Crédit Agricole chargé de la banque de financement et d’investissement et de la gestion de fortune, assurait d’ailleurs que «quitter la Suisse signifierait abandonner le métier de gestion de fortune». Deux ans plus tard, «nous sommes toujours convaincus de l’attractivité et de l’expertise du marché suisse, qui reste un pôle mondial de la banque privée», a répété Jean-François Deroche, à un moment où plusieurs banques étrangères ont décidé de plier bagage.

Désinvestissement dans certains pays

Le rachat des activités de CIC a aussi un effet de compensation dans la masse sous gestion. «L’an dernier, pour des raisons de transparence fiscale, le groupe a décidé de ne plus servir les clients des pays qui n’auraient pas signé l’accord d’échange automatique d’informations. Cette clarification nous a conduits à devoir renoncer à certains clients, ce qui a eu un impact sur les actifs que nous gérons, mais qui est compensé par l’acquisition en Asie», a ajouté Jean-François Deroche. L’accord multilatéral a été signé par un peu plus d’une centaine de pays. «Nous restons actifs dans une soixantaine de pays, qui représentent 90% de la fortune mondiale, hors Etats-Unis», a néanmoins ajouté le responsable.

Fin 2016, Indosuez Wealth Management Suisse gérait 39,3 milliards de francs, avait généré un bénéfice brut de 138,6 millions et comptait 1352 employés. C’est début 2016 que l’entité, alors appelée Crédit Agricole Private Banking, est devenue Indosuez Wealth Management, marque mondiale des activités de gestion de fortune du groupe Crédit Agricole.