Si vous êtes un industriel achetant de l'acier, 2008 s'annonce d'ores et déjà comme l'année de tous les dangers. Selon l'agence Platts, les rouleaux de tôle laminée à chaud en Europe ont vu leur prix passer de 480 à 705 euros la tonne entre décembre et juin dernier. «En moyenne, les prix de l'acier se sont envolés de 100% depuis le mois de décembre, du jamais-vu», s'exclame de son côté Viktor Vukusic, directeur des ventes de Metinvest International, unité de négoce du plus important sidérurgiste ukrainien. Ce dernier est spécialisé dans l'exportation de produits semi-finis, qui seront ensuite transformés en produits longs, comme des ronds à béton, ou en plaques transformées en tuyaux ou destinées aux chantiers navals.

Les aciéristes justifient l'envolée des cours par l'appréciation des minerais - le fer a gagné entre 65 et 85% cette année, le charbon coke 200% - auxquels ils sont soumis. Il n'empêche. «Leurs marges bénéficiaires ont augmenté; par exemple pour un fournisseur de produits longs en CEI, qui ne dispose pas de mines et achète ses minerais au prix du marché, elles sont passées de 150 à 400 dollars la tonne depuis la fin de l'an dernier», témoigne Eric Louvert, expert en mines et métaux au sein de BNP Paribas.

Répercuter sur le prix final

Les gros utilisateurs d'acier, à commencer par les constructeurs automobiles, n'ont ainsi d'autre solution que de répercuter cette hausse sur leurs produits. Et commencent à se révolter (lire ci-contre). Carlos Ghosn, le patron de Renault, a indiqué au quotidien Les Echos que sa facture d'acier atteindrait en 2008 «1 milliard [d'euros] de plus qu'il y a trois ans, à peu près 50% de la totalité des profits de Renault».

En Suisse, Schindler, le fabricant lucernois d'ascenseurs, a de son côté averti lundi vouloir relever ses tarifs d'environ 6% en Europe, en raison du renchérissement des matières premières. «Le lien avec les prix de l'acier est plus complexe qu'il n'y paraît», relativise Serge Rotzer, analyste suivant la société au sein de la banque Vontobel. En effet, «les services associés à un ascenseur peuvent représenter jusqu'à 70-80% des marges d'exploitation», rappelle ce dernier, convaincu de la capacité de la société à maintenir - voir accroître - le niveau de ses marges.

Une société comme Burckhardt Compression à Winterthour - l'un des plus grands fabricants mondiaux de compresseurs utilisés dans le raffinage, la chimie ou les gazoducs - est également directement concernée par l'envolée de l'acier. «Nous pouvons passer une partie de la hausse sur nos clients, la tarification de nos projets étant basée sur une formule intégrant les fluctuations des coûts des matériaux», rassure Marco Sanderbeg, responsable du marketing du groupe. En un an, le groupe a dû faire face à un renchérissement de 20 à 50% selon le type d'acier acheté. «Néanmoins, tout autant que le prix, le problème reste la disponibilité des matériaux comme l'acier et les délais de livraison», admet Marco Sanderbeg.