Lors du 38e Symposium de Saint-Gall, Yogesh Chander Deveshwar explique aux 600 «business leaders» et 200 étudiants présents que les deux grands défis de l'heure peuvent être relevés, les inégalités et le réchauffement climatique. Le président du groupe ITC, à Calcutta, ancien patron des patrons indiens (CBI), a déjà été honoré de plusieurs prix pour ses responsabilités sociales et environnementales. «Je crois au marché», poursuit le patron de ce groupe de 20 milliards de capitalisation boursière. Mais le rôle du marché doit être redéfini. Il ne doit pas s'en tenir à la maximisation du rendement des actionnaires. «Nous devons mieux récompenser le capital social», déclare-t-il.

Son groupe reflète ce changement. A l'origine un fabricant de cigarettes, c'est devenu un vaste conglomérat qui, il y a dix ans, a décidé de n'être actif que dans des secteurs bien précis. Chaque unité du groupe doit servir les besoins de la communauté locale. ITC a ainsi créé et popularisé le concept de eChoupal, qui permet aux petits paysans indiens de regrouper leurs informations grâce à un centre internet, et accroître leur pouvoir de négociation. Le fermier devient le premier maillon de la chaîne de valeur. Il n'est plus exclu du système. L'impact est considérable. ITC touche 40000 villages, crée plus de 5 millions d'emplois et son impact environnemental est méritoire: «Nous séquestrons le double de carbone que nous émettons et nous augmentons les réserves d'eau.»

Défense des valeurs locales

Une vision, une vitalité et des valeurs, voilà les ingrédients d'une entreprise responsable, selon Y. C. Deveshwar. Son principe consiste à devenir un partenaire de la société civile, à lui apporter les informations pour qu'elle fasse les choix qu'elle désire. En passant, ITC crée de la valeur pour ses actionnaires (25% par an sur douze ans).

La défense des valeurs locales a conduit les grands groupes à s'adapter. «Nous sommes un groupe «glocal», déclare Dieter Zetsche, président de Daimler. Il faut s'adapter, mais ne pas accepter toutes les valeurs: «Sur l'éthique, nous nous sommes fixé des règles auxquelles nous nous tenons, même si d'autres les enfreignent», déclare-t-il. Le défi de l'automobile est environnemental. Dans trente ans, il y aura le double de véhicules. Un cauchemar? «C'est une opportunité», ajoute-t-il. Car celui qui produira les véhicules qui n'émettent pas de CO2 et qui seront compétitifs sur le plan des coûts sera gagnant. Il promet que ce sera le cas dans cinq à six ans.

Le plus grand groupe chinois, CITIC, a 30 ans, comme le programme de réformes de libéralisation de Deng. Son président actuel, Chang Zhenming, y participe depuis sa création. Il évoque le premier investissement direct à l'étranger (1985), le premier emprunt aux Etats-Unis (1993). «Nous nous développons selon les principes de la compétition et en vertu des meilleures pratiques», déclare-t-il. Son objectif est très capitaliste. CITIC veut maximisons la valeur actionnariale, être socialement responsable et -seule différence avec Daimler- contribuer au développement de la Chine. Son avantage compétitif? Chang Zhenming le voit dans ses investissements dans des régions jugées par d'autres à haut risque (Angola, Algérie, Caucase).