La revue des idées économiques

Inégalités croissantes en Chine

La Chine est plus pauvre qu’on ne le pensait. Mais le niveau de pauvreté baisse aussi plus fortement que prévu, selon un travail de recherche de la Banque mondiale. La formation représente la principale cause des inégalités sociales qui sont croissantes dans le pays.

La Chine a mis en place le plan de relance le plus imposant de la planète. Il fonctionne déjà puisque les investissements bondissent en février. C’est un premier signe de reprise. Mais il n’y a pas de découplage conjoncturel avec les pays industrialisés. En effet, les exportations chutent de 25% en février, selon les chiffres de mercredi. La Chine est cœur du débat. C’est par exemple la couverture de Fortune avec une enquête sur son «atterrissage en catastrophe».

L’Empire du Milieu est d’autant plus analysé que la crise menace de se traduire par une crise sociale et politique. Or selon une étude de la Banque mondiale, la Chine reste plus pauvre qu’on ne le pensait, mais la diminution de la pauvreté est également plus forte que prévue.

Ces données sont nouvelles. Pour la première fois, la Chine a accepté de participer à un programme de comparaison internationale (ICP). L’un des auteurs de l’actuelle étude, Martin Ravallion, avait estimé la diminution du nombre de pauvres à 500 millions entre 1981 et 2004, abaissant ainsi le taux de pauvreté de 64% en 1981 à 10% en 2004.

La nouvelle étude montre que le nombre de pauvres est en 2005 inférieur de 635 millions à 1981. Avec la nouvelle ligne de pauvreté à 1,25 dollar de parité du pouvoir d’achat (PPP), en termes de consommation 15% des Chinois sont en dessous du seuil de pauvreté. La nouvelle définition se traduit par une augmentation de 130 millions par rapport à l’ancienne estimation. Et en fonction du revenu, le taux de pauvreté est de 10%, 65 millions de plus qu’avec l’ancienne définition. Mais l’estimation de PPP n’a pas d’impact sur le taux de croissance, ajoutent les auteurs. Or c’est le taux de croissance qui a permis la plus forte réduction de pauvreté au monde.

Des voix très critiques sur le modèle chinois indiquent une forte augmentation des inégalités dans l’Empire du Milieu. Les inégalités ont augmenté de 50% en 25 ans, mesurés selon le coefficient Gini. Les économistes de la Banque mondiale (2) montrent que le revenu urbain est 3,2 fois supérieur à celui des régions rurales et celui des villes côtières 2,4 fois celui de l’intérieur du pays. Entre ces deux critères, l’écart s’est aussi accru de 50% depuis les années 1980. La Banque mondiale confirme donc des écarts croissants au sein de la population chinoise, mais rétorque qu’ils ne résultent pas d’un nivellement vers le bas, mais au contraire d’une «course au sommet» («race to the top»). C’est donc une course vers l’excellence mise en évidence par le taux de croissance de 11% par an dans les métropoles côtières.

L’essentiel est pourtant ailleurs, dans la principale cause d’inégalité, la formation. A elle seule elle détermine les deux tiers des inégalités en région urbaine et le sixième en zone rurale. Pour les auteurs, il n’y a nulle raison de s’inquiéter des inégalités croissantes lorsque c’est une «course au sommet». C’est une incitation à l’acquisition de savoirs, principal moteur de croissance.

L’étude de la Banque mondiale indique d’ailleurs un taux de pauvreté de 2% pour les personnes avec 9 ans de formation contre 10% en moyenne.

(1) China is poorer than we thought, but no less successful in the fight agains poverty, Shaohua Chen, Martin Ravallion, Working paper, World Bank

(2) Rising income inequality in China Xubei Luo, Nong Zhu, Working paper, World Bank.

Avenir Suisse consacrera un débat à la Chine (La Chine, nouvelle norme), le 29 avril prochain à Zurich

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