Elle enfle et elle rétrécit à la fois. Si on compte les montants échangés, la taille des entreprises qui y figurent, la bourse américaine n’a jamais été aussi volumineuse. Mais si l’on recense les sociétés en fonction de leur nombre, elles n’ont jamais été aussi peu nombreuses depuis le début des années 1970.

Cela pourrait paraître anodin. Mais ça ne l’est pas. Aux Etats-Unis, bien plus que n’importe où dans le monde, les particuliers sont des investisseurs et l’évolution de la bourse a une influence sur une part bien plus large des ménages qu’en Suisse ou dans toute l’Europe. En 2016, plus d’une personne sur deux – quel que soit son revenu – affirmait avoir acheté des actions. C’est une chute sévère depuis la crise financière. Les années précédentes, près des deux tiers des Américains disaient avoir spéculé à la bourse, selon l’institut Gallup.

Ecartés des opportunités alléchantes

Or cette évolution, résultats de vagues de fusions et d’un désintérêt pour les entrées en bourses, pose deux problèmes pour les petits investisseurs. La première, c’est que leur horizon d’investissement – les actions dans lesquelles ils peuvent investir, dans le jargon – rétrécit. En outre, les sociétés qui restent présentes sont certes plus rentables, mais elles sont plus vieilles, plus grosses et le choix est moins grand.

Mais le deuxième problème est bien pire: une grande partie des opérations les plus alléchantes et rémunératrices se fait en dehors de la bourse. La tendance est la plus forte dans le secteur technologique, en témoignent la multiplication des «licornes», ces entreprises, comme Uber ou Airbnb, qui reçoivent ce surnom dès qu’elles dépassent la valeur d’un milliard de dollars.

Poignées d’élus

Ces transactions ne se font qu’entre quelques poignées d’investisseurs spécialisées dans le financement des start-up. Investir hors de la bourse est infiniment plus risqué: on n’ose pas imaginer les soubresauts d’Uber ces dernières semaines avec sa série noire de mauvaises nouvelles si la société avait été cotée. Sans compter que sa valorisation dépend de discussions fermées entre quelques personnes et les méthodes pour y arriver sont pour le moins obscures.

Le public a pu profiter de flambée d’Amazon, puis, dans une moindre mesure, de celles de Google et de Facebook. Mais ceux qui ont pu profiter de l’expansion d’Uber, Airbnb et les autres, de leur modèle disruptif, ne sont qu’une ridicule minorité de spécialistes informés et dont le portefeuille est plus profond que la vaste majorité des particuliers qui investissent.