Le groupe chimique Ineos a su cueillir au bon moment un paquet de gisements gaziers en mer du Nord, bradés la semaine dernière par un milliardaire russe le dos au mur. Le géant britannique, dont le siège se trouve à Rolle, met la main sur des actifs stratégiques puis­qu’ils représentent 8% de la con­som­mation du Royaume-Uni. Les douze gisements de gaz naturel acquis complètent un portefeuille gazier orienté jusque-là vers le gaz de schiste, dans lequel le groupe a annoncé l’année dernière un investissement d’un milliard de dollars.

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«Ineos a eu beaucoup de chance et a réalisé une bonne affaire», explique Konstantin Simonov, directeur du Fonds national pour la sécurité énergétique. «Le marché ne fournit pas souvent des occasions semblables. Les Suisses ont bénéficié d’un gros rabais, sinon ils n’auraient pas acheté. Je sais que les négociations ont été pénibles. Fridman a fini par céder car il était en position de faiblesse.»

L’homme d’affaires russe Mikhaïl Fridman n’a obtenu que 750 millions de dollars, pour douze plateformes écossaises offshore dont il espérait tirer au moins 1,1 million de dollars. Il n’avait guère le choix. Fridman menait une course contre la montre depuis que, en avril 2015, les autorités britanniques l’avaient sommé de vendre ses actifs gaziers britanniques dans les six mois. Confronté à un marché très défavorable à cause de la chute du baril de pétrole, Fridman a obtenu une prolongation des autorités mais était contraint de trouver un repreneur au plus vite.Londres a écarté l’homme d’affaires de crainte qu’il ne tombe sous le coup de sanctions imposées par Washington et Bruxelles contre les milliardaires russes appartenant à l’entourage de Vladimir Poutine. Auquel cas l’approvisionnement en gaz depuis les gisements écossais offshore du milliardaire auraient été en péril.

Hostilité

«Les autorités britanniques ont clairement surréagi», estime Mikhaïl Kroutikhine, partenaire chez RusEnergy, un cabinet scrutant le marché gazier. «Fridman est loyal envers le pouvoir, mais il n’est pas pour autant au service du Kremlin», poursuit l’expert. «C’est probablement l’homme d’affaires le plus indépendant de Russie», renchérit Konstantin Simonov. «Fridman a plusieurs fois tenu tête au Kremlin et a fait sortir du pays une somme de plus de 10 milliards de dollars [après la vente du pétrolier TNK à Rosneft en 2013]. Mais les Britanniques ont pris peur. Les relations se sont à tel point dégradées entre Londres et Moscou que n’importe quel investissement était considéré comme hostile.»

Déterminé à investir dans des actifs énergétiques hors de sa patrie – ce qui va clairement à l’encontre de la ligne du Kremlin –, Mikhaïl Fridman vient de racheter mercredi à l’allemand EON des gisements norvégiens pour une somme de 1,6 milliard de dollars. En gageant qu’Oslo se montrera moins sourcilleux que Londres. La transaction doit encore obtenir le feu vert de la Norvège et de l’Union européenne.