Les héroïnes réclament leur dû. Elles ont fait preuve de leur courage, multiplié les heures supplémentaires, parfois en dépit d’un manque de protection. Elles ont été applaudies chaque soir et s’en réjouissent. Mais ce surcroît de soutien ne suffit pas. La crise du Covid-19 a révélé «les graves déficiences du système de santé», indique l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) dans une lettre ouverte au parlement envoyée lundi.

La principale organisation suisse du personnel soignant, avec 26 000 membres, dénonce «les décisions politiques et administratives erronées compromettant gravement la sécurité des patients et des professionnels de la santé» (manque de masques, lunettes, blouses de protection, pénurie de personnel).

Selon la lettre ouverte, la crise révèle «de manière éclatante l’importance systémique» des 90 000 infirmières et infirmiers. L’image employée par les infirmières renvoie donc à la crise de 2008 et au rôle systémique joué à l’époque par les banques (90 660 employés selon l’ASB).

Revaloriser les soins?

«Les graves déficiences que nous avions présentées lors du lancement de notre initiative «Pour des soins infirmiers forts» ressortent clairement. Fini les belles paroles; le monde politique doit passer à l’acte», affirme Sophie Ley.

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«Sans attendre la fin de la pandémie, les soins infirmiers doivent être revalorisés», demande l’ASI. Cet ajustement devrait être «considéré de manière individualisée en fonction des cantons et des institutions», avance-t-elle. Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), le salaire brut annuel d’une infirmière en hôpital s’élève à 74 371 francs (moyenne comprenant aussi le personnel soignant intermédiaire).

Négociations entre partenaires sociaux

«Le salaire est fixé après des négociations salariales, apanage de relations privées», note Philippe Nantermod, conseiller national (PLR). En l’occurrence, il résulte, à son avis, «de discussions entre les hôpitaux par exemple, qui appartiennent aux collectivités publiques, et les départements de la santé, en mains socialistes en Suisse romande. C’est à ces derniers de négocier le salaire correct des infirmières et non pas au législateur fédéral.»

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Diverses solutions sont possibles. Les cantons, selon Sophie Ley, «pourraient revoir les échelons de leur grille salariale, verser une prime liée au Covid-19 ou introduire un 14e salaire». Interrogé, Alberto Mocchi, président des Verts vaudois, propose de «changer de classe les infirmières et infirmiers ou avoir des barèmes différents».

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Pour revaloriser les soins de manière pérenne, un programme en quatre points est avancé par l’ASI. Le premier demande une offensive massive en matière de formation. «La Suisse forme seulement 43% du personnel dont elle a besoin, ce qui témoigne d’un égoïsme indéfendable», selon Sophie Ley.

Reconnaître les soins infirmiers

Deuxièmement, l’ASI revendique la reconnaissance des soins infirmiers, car légalement ceux-ci restent une profession paramédicale auxiliaire. Troisièmement, elle souhaite davantage de temps pour les soins infirmiers afin que le patient soit au cœur des préoccupations et non pas l’argent. Quatrièmement, les infirmières réclament de meilleures conditions de travail.

L’initiative dite «Pour des soins infirmiers forts» est en discussion au parlement. Elle intègre les différents points cités par la lettre ouverte. Adversaire du projet, Philippe Nantermod estime que «si elle était acceptée, le pays disposerait de 30 000 infirmières indépendantes supplémentaires. Or la crise met en lumière un nombre élevé de médecins indépendants en chômage partiel, ceux qui ne sont pas au front face au coronavirus.»

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