Le prix SVC 2020 a été remis le 7 juin 2021 à l’entreprise jurassienne Willemin-Macodel. Richard Mille et Infomaniak prennent les deuxième et troisième places du palmarès.

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Boris Siegenthaler est intarissable. Difficile, voire impossible, de poser des questions au cofondateur et directeur stratégique d’Infomaniak. Dès sa première réponse, il se lance dans un monologue enthousiaste où s’enchaînent l’annonce de nouveaux services, la présentation d’initiatives pour l’environnement ou encore de mesures en faveur de son personnel. L’entreprise genevoise spécialisée dans les services informatiques est en plein boom. Elle le doit en partie à la pandémie, qui dope la demande pour ses offres. Elle le doit aussi à Boris Siegenthaler, qui, vingt-six ans après avoir fondé Infomaniak, lui insuffle une énergie impressionnante.

Créée en 1994, l’entreprise s’est très vite spécialisée dans l’hébergement de sites internet. En 2020, Infomaniak s’est transformée en un petit Google suisse. Boris Siegenthaler, qui martèle la nécessité de proposer une alternative helvétique aux géants de la Silicon Valley, est en train de réussir son pari. «Notre croissance devrait être de 23% cette année, avec un chiffre d’affaires qui va atteindre 26 millions de francs. Nous visons les 50 millions en 2023 pour réinvestir cette croissance et maintenir le rythme de nos développements. Nous sommes en train d’engager 15 employés d’ici à fin janvier, qui vont s’ajouter aux 150 employés actuels.» Infomaniak ne recrute pas de vendeurs. «Trois quarts de nos employés sont des développeurs et aucun collaborateur ne s’occupe de vente, poursuit Boris Siegenthaler. Nous avons encore tant à développer!»

KDrive, un succès

Car la société ne s’arrête pas. Fin décembre 2019, elle lançait kDrive, une solution de stockage collaborative capable de rivaliser avec les solutions de Microsoft et de Google. «C’est notre produit avec la plus forte croissance, il a généré 1 million de francs de chiffre d’affaires à lui seul en moins de douze mois, poursuit le directeur. Nous souhaitons faciliter la vie aux PME qui souhaitent passer du cloud d’un GAFA au nôtre. Et l’année prochaine, nous lancerons une offre, toujours pour les entreprises, avec des services illimités et une facturation par utilisateur.»

Il est important de continuer à avancer vite en lançant de nouveaux services pour montrer aux consommateurs que nous proposons des alternatives intéressantes aux services de Google, d’Amazon ou de Microsoft

Boris Siegenthaler

Infomaniak est si sûr de lui qu’il lance même des services… sans sa marque. Depuis quelques jours, il permet en effet à des clients, que ce soit une étude d’avocats ou une école privée, d’utiliser leur propre identité de marque (nom de domaine, logo et couleurs) pour l’écosystème collaboratif proposé par la société genevoise. Et, du système de transfert de fichiers au service de visioconférence, la palette proposée par Infomaniak se développe rapidement.

Un nouveau directeur

En grande partie focalisée sur les entreprises, la société n’oublie pas les particuliers: le 10 novembre prochain, elle lancera un service d’e-mail gratuit à vie pour les résidents suisses, avec des services de synchronisation d’agenda et de carnet d’adresses. «Nous allons aussi insuffler une part d’intelligence artificielle dans nos services, qui vont par exemple vous suggérer dans quel dossier en ligne glisser telle pièce jointe», poursuit Boris Siegenthaler.

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C’est au milieu de ce tourbillon de nouvelles que le cofondateur va bientôt… quitter la tête de l’entreprise. D’ici à quelques semaines, c’est Marc Oehler, actuel directeur des opérations, qui lui succédera à la tête d’Infomaniak. «J’ai envie d’être plus discret, de prendre du recul par rapport au quotidien pour établir une stratégie à long terme. Je resterai directeur stratégique et c’est Marc qui continuera de piloter la société», détaille Boris Siegenthaler. Marc Oehler est lui aussi ambitieux. «Pour moi, il est important de continuer à avancer vite en lançant de nouveaux services pour montrer aux consommateurs que nous proposons des alternatives intéressantes aux services de Google, d’Amazon ou de Microsoft. Tout en n’analysant jamais les données de nos clients à des fins publicitaires ou marketing.»

Expansion outre-Sarine

Le futur directeur général vise aussi la Suisse alémanique. «C’est notre marché en plus forte croissance, et nous voulons y gagner en visibilité afin que les entreprises qui se digitalisent voient qu’il existe des solutions puissantes qui sont développées en Suisse plutôt que d’opter par défaut pour des services créés et gérés à l’étranger. Outre-Sarine, les gens apprécient nos services, mais d’autres trouvent un peu étrange que nos prix alignés sur le marché européen soient si bas en Suisse, car plus de 40% de notre chiffre d’affaires vient de notre clientèle européenne…»

Infomaniak prévoit, en parallèle, de créer son quatrième centre de données en Suisse alémanique. Les deux actuels se situent dans la périphérie genevoise, et un troisième sera édifié ces prochaines années dans la région.

Centres plus verts

Les centres de données, un domaine où Boris Siegenthaler est aussi intarissable: «Pour un hébergeur qui utilise uniquement de l’énergie renouvelable et qui refroidit ses serveurs avec de l’air naturel, ce qui génère le plus de CO2 est l’achat de nouveaux serveurs. Il n’est pas écologique de remplacer de manière anticipée les serveurs sous prétexte que les technologies récentes sont moins gourmandes en énergie. C’est pour cela que l’on s’engage à utiliser nos serveurs au moins quinze ans. Cela représente en plus des économies substantielles, car on peut augmenter la puissance de nos anciennes machines avec des composants haut de gamme à bas coût qu’on achète aux enchères.»

Pour son troisième data center, Infomaniak travaille également en collaboration avec les SIG sur un projet de réutilisation de la chaleur émise par ses centres de données: «Cela doit permettre de chauffer 20 immeubles en hiver et d’alimenter un quartier entier en eau chaude. L’idée est ainsi d’utiliser deux fois l’énergie: une fois pour le calcul et une fois en produisant de la chaleur pour la collectivité.»

Protéger l’entreprise

Et ce n’est pas tout: l’actuel directeur a aussi une petite idée pour la structure actionnariale de son entreprise. Le souhait de Boris Siegenthaler est d’arriver à protéger l’indépendance de l’entreprise et d’arriver à ce que la moitié du capital puisse être détenue par ses employés et l’autre moitié par ses clients. L’objectif est aussi d’éviter que la société, courtisée en permanence par des fonds d’investissement et des concurrents étrangers, ne soit rachetée, délocalisée en partie et revendue ensuite plus cher.