Informatique

Infomaniak s’attaque à Google et Microsoft

L’hébergeur genevois développe de nouvelles alternatives aux services des géants du web. Il veut aussi créer deux nouveaux centres de données et vise également le marché alémanique

Un dinosaure géant dans une salle de réunion, un baby-foot, des salles de réunion thématiques dédiées au rock ou à la peinture classique, des boissons et des fruits à volonté… Ces bureaux pourraient être ceux de Google, que ce soit à son siège de Mountain View, en Californie, ou à Zurich. Non, ils appartiennent à Infomaniak et se situent à Genève. L’hébergeur inaugurait fin septembre de nouveaux locaux de 1600 mètres carrés dans le quartier des Acacias. Des locaux inspirés de Google: et pourtant, 25 ans après sa création, Infomaniak fait tout pour proposer des alternatives aux services des géants du web.

Fondée en 1994 par Boris Siegenthaler, la société s’est rapidement fait connaître pour ses services d’hébergement. Vendre des noms de domaine en «.ch», «.com», «.swiss» ou «.adult» – il y en a plus de 500 en tout –, stocker les données des sites, assurer leur bon fonctionnement, c’est la spécialité d’Infomaniak. «Nous sommes devenus le numéro un de ces marchés et nous voulons désormais attaquer de nouveaux segments pour concurrencer les géants américains, affirme Boris Siegenthaler. Ces multinationales deviennent aussi puissantes que des Etats et nous sentons, parmi nos clients, l’envie d’utiliser des services locaux.»

Concurrencer Gmail

Début 2019, Infomaniak lançait ainsi le service Swiss Transfer, un concurrent à WeTransfer (basé aux Pays-Bas) notamment pour envoyer des fichiers volumineux via un simple lien. «Dès 2020, nous allons lancer une alternative à Google Drive et Dropbox pour le stockage des documents en ligne, poursuit l’entrepreneur. Notre service sera bien sûr hébergé et développé en Suisse. Nous planchons aussi sur un webmail pour le début de l’année qui pourra concurrencer Outlook de Microsoft ou Gmail de Google. Et d’ici à fin 2020, cette messagerie respectueuse de la vie privée sera gratuite pour les particuliers et les utilisateurs pourront payer ce qu’ils désirent.»

Fort de 130 employés, Infomaniak compte, outre son nouveau siège aux Acacias, deux centres de données («datacenters») dans la périphérie de Genève, à Satigny et à Vernier. Ces deux bâtiments ne seront bientôt plus suffisants pour héberger les données des clients. «Nous préparons la construction d’un troisième centre de données dans le canton, nous souhaitons déposer la demande de permis en octobre 2020 et les travaux doivent commencer dans deux ans. Et un quatrième centre est déjà en préparation, sans doute à la frontière avec la Suisse alémanique.»

Expansion en Suisse alémanique

Infomaniak veut percer de l’autre côté de la Sarine, où il est encore peu présent. Aujourd’hui, 60% de ses clients se trouvent en Suisse romande, 30% en France et en Belgique francophone, 5% en Suisse alémanique et les 5% restants dans le reste du monde. «Nous avons ouvert un bureau à Winterthour en 2018 pour nous rapprocher du marché alémanique, détaille Boris Siegenthaler. Mais pour accélérer notre croissance, nous cherchons désormais à acquérir un hébergeur alémanique, nous aimerions boucler cette opération dans les prochains mois.»

Lire aussi:Swiss Transfer d’Infomaniak, une alternative parfaite à WeTransfer

L’année passée, Infomaniak a réalisé un chiffre d’affaires de 20 millions de francs, dont 70% sont générés auprès des PME. Le directeur prévoit une hausse de ce montant de 16 à 20% cette année, et d’encore davantage en 2020. «C’est dû au lancement de nouveaux services, mais c’est surtout grâce à des effets mécaniques: nos clients achètent des services, renouvellent leurs abonnements, s’abonnent à de nouvelles prestations… Et bien sûr, le nombre total d’utilisateurs augmente continuellement, surtout grâce au bouche-à-oreille.» Boris Siegenthaler est actionnaire majoritaire de la société, qui est bénéficiaire – il ne dévoile pas de combien et assure que la quasi-totalité du bénéfice est réinvestie dans l’entreprise.

Pression des clients

Le fait que Google et Microsoft ouvrent actuellement des centres de données en Suisse n’inquiète pas le directeur d’infomaniak: «Ils ciblent surtout de très grandes entreprises et nous avons largement la place pour nous développer. Notre ancrage en Suisse, le fait que nous maîtrisons à 100% les technologies que nous déployons, ce sont des arguments de plus en plus importants, que ce soit pour des PME ou des particuliers.» Boris Siegenthaler conclut: «Depuis que nous avons annoncé notre service de stockage et d’e-mail, je reçois sans cesse des questions de clients qui veulent les tester. La pression est énorme, c’est bon signe!»

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