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Initiative des Verts: et si on disait la vérité?

L’initiative des Verts réclame que l’empreinte écologique de la Suisse soit d’une planète d’ici 2050. En cas d’acceptation, le Conseil fédéral indique qu’il faudrait prendre des mesures drastiques et urgentes afin de réduire d’au moins 65% notre consommation de ressources

Les Verts ont habilement choisi le titre de leur initiative sur «l’économie verte». Rares sont les Suisses qui ne souhaitent pas que l’économie et la société se comportent de manière responsable à l’égard des ressources naturelle et de l’environnement. Mais la Suisse a-t-elle un comportement aussi désastreux en termes de protections de l’environnement et de consommation responsable des ressources qu’il faille introduire de nouvelles prescriptions et de nouvelles taxes? La réponse est non.

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Notre pays se classe parmi les très bons élèves en matière de gestion des ressources, de protection de l’environnement et de recyclage. Les enjeux sont globaux, mais parmi les pays développés, la Suisse a pris de l’avance. Elle maintient un haut niveau de prospérité, tout en limitant la consommation de ressources et en recyclant une large part de ses déchets.

On le sait: notre pays est pauvre en ressources. Éviter le gaspillage et recycler un maximum sont depuis longtemps des réalités en Suisse, qui est le pays d’Europe qui utilise le mieux les ressources selon l’Agence européenne pour l’environnement. L’OCDE nous place même au premier rang pour ce qui est de l’efficacité énergétique. Les Suisses font d’ailleurs preuve d’un engagement volontaire remarquable en la matière: sans contrainte légale particulière, le taux de recyclage atteint 96% pour le verre, 91% pour le papier et 92% pour les cannettes.

Sans faire beaucoup de bruit, d’innombrables entreprises suisses mettent en œuvre quotidiennement des solutions pour diminuer leur utilisation de ressources. Elles y ont tout intérêt, car cela leur permet de diminuer leurs coûts. En 2015 par exemple, le groupe Nestlé a diminué son utilisation d’emballages de près de 60 000 tonnes. Chez ABB, l’introduction de systèmes de réglages pour les moteurs électriques permet d’économiser à l’échelle mondiale l’équivalent de la consommation de 100 millions de ménages européens. Les PME ne sont pas en reste. Avec l’aide de l’Agence de l’économie pour l’énergie (AEnEC), plus de 3000 entreprises de l’industrie ou des services ont diminué leurs émissions de CO2 de 1,4 million de tonnes, ce qui représente un quart de moins par rapport à 1990.

Cet état de fait résulte des efforts conjugués des entreprises et des citoyens, ainsi que d’un cadre légal pondéré. Or, l’initiative des Verts casse cette dynamique de progrès. Elle introduit des instruments très contraignants et coûteux, pour tenter d’atteindre un objectif extrême. Selon une étude scientifique réalisée par des experts de l’environnement que le Conseil fédéral a mandatée, il faudrait en effet diviser la consommation au moins par trois (–65%) afin de respecter le texte des Verts. Cette énorme réduction résulte de l’exigence, inscrite dans l’initiative, de faire baisser l’empreinte écologique de la Suisse à «une planète» d’ici 2050. Une telle référence n’a d’ailleurs pas sa place dans la Constitution car elle très loin de faire l’unanimité dans les milieux scientifiques.

L'alimentation, la mobilité et le logement les plus touchés

Contrairement à ce que laissent entendre les partisans de ce texte, il ne suffira en effet pas d’éteindre la lumière en sortant de la cuisine ou de ne plus jeter de bouteille de PET à la poubelle pour atteindre le but fixé. Le Conseil fédéral estime au contraire qu’il faudrait «… l’instauration de mesures urgentes et drastiques au niveau économique et de restrictions au niveau de la consommation».

L’alimentation, la mobilité et le logement seraient les domaines les plus touchés car ils représentent, selon le WWF, 60% des atteintes à l’environnement. Il faudrait notamment restreindre la consommation de produits animaux (viande, produits laitiers) ou de fruits et légumes importés, voire en interdire carrément certains. La surface des logements devrait diminuer, tout comme le chauffage. Les combustibles fossiles seraient bannis et la mobilité restreinte pour tout un chacun. Ce ne sont que quelques exemples de mesures à prendre mises en exergue par l’étude citée plus haut. Pour ce faire, l’initiative met à disposition des autorités tous les moyens nécessaires pour aller dans cette direction.

Au menu: des taxes, des réglementations supplémentaires de la production et de la consommation, des soutiens à la commercialisation de biens et de services. Pour résumer, l’Etat obtient des leviers de commande pour piloter non seulement l’économie, mais aussi et surtout le comportement des citoyens. Un tel électrochoc aurait des effets économiques désastreux. Pour le Conseil fédéral, «… le processus de transformation ralentit la croissance et réduit la compétitivité internationale de la place suisse, avec des conséquences négatives sur le marché de l’emploi». La Suisse s’engagerait sur la voie de la décroissance. Qui plus est, elle serait le seul pays au monde à s’infliger un tel régime sec à ses citoyens. Et c’est sans parler d’effets «secondaires» indésirables. Les Suisses iraient par exemple de plus en plus souvent faire leurs courses ou le plein d’essence dans les pays voisins. Les achats en ligne seraient aussi dopés. Le commerce local – si cher pourtant aux Verts – en subirait les effets de plein fouet. Les effets attendus des mesures ne seraient en réalité pas au rendez-vous et l’initiative encouragerait même des comportements contraires à ses objectifs. L’initiative n’a d’économie verte que le nom.

Ce texte dogmatique n’est clairement pas un projet d’avenir sérieux pour la Suisse. En revanche, nous avons un défi autrement plus motivant devant nous: parvenir à concilier un haut niveau de vie avec une utilisation de plus en plus modérée des ressources! C’est déjà le chemin sur lequel nous sommes. Poursuivons-le!

* Suppléant romand et responsable de projets economiesuisse

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