«Donnez-moi une huile parfaite et je vous donnerai un mouvement parfait.» Deux siècles après cette injonction d'Abraham-Louis Breguet, Patek Philippe est peut-être en train de donner satisfaction au génial horloger, mais en se passant d'huile! Le problème de la lubrification est un casse-tête sans fin pour les horlogers. Aussi bonne qu'elle soit, l'huile vieillit mal et demeure toujours un problème récurrent pour les mouvements horlogers mécaniques. Parvenir à s'en passer est ainsi le rêve de tous les horlogers.

Patek Philippe présentera en première mondiale dès jeudi à Baselworld dans le cadre de son nouveau concept «Patek Philippe Advanced Research» la première roue d'ancre en silicium pour échappement à ancre suisse. Cette avancée est le fruit d'une recherche commune entre la manufacture de Plan-les-Ouates et l'Institut de microtechnique de l'Université de Neuchâtel (IMT). Patek Philippe a choisi il y a trois ans d'orienter plus intensément ses recherches dans le domaine des technologies émergentes en créant à l'interne un département ad hoc. C'est cette cellule, qui collabore par ailleurs sur d'autres projets avec le Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM) de Neuchâtel, l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) ou l'Association suisse pour la recherche horlogère (ASRH), qui a mené à bien le développement avec l'IMT.

La nouvelle roue d'ancre présentée par Patek Philippe tire l'essentiel de ses atouts des caractéristiques propres au silicium. Elle est trois fois plus légère qu'une roue en acier, plus dure – deux éléments essentiels lorsque l'on sait qu'elle alterne 252 millions de fois par an –, amagnétique, hautement résistante à la corrosion, de forme plus parfaite et plus précise que toute roue en acier et, surtout, elle ne nécessite aucune lubrification. L'intérêt de l'innovation, outre les avantages propres au silicium en regard du diamant (poids, prix, etc.), tient dans le fait que la roue d'ancre est celle d'un échappement dit «à ancre suisse» qui équipe la quasi-totalité des mouvements mécaniques horlogers suisses.

Non brevetée, la roue en silicium devrait se retrouver à terme dans bon nombre de mouvements horlogers. En décidant de lever le voile sur cette avancée technique, la manufacture genevoise a de toute évidence d'autres développements en cours ou finalisés. Une roue en silicium cette année, l'ensemble du rouage certainement dans la foulée, Patek Philippe envisage-t-elle une production de spiraux dans le nouveau matériau? Patron et propriétaire de Patek Philippe, Philippe Stern répond avec la prudence que requiert toute innovation majeure: «De par notre tradition d'innovation, nous explorons bien entendu toutes les possibilités d'utilisation du silicium pour les composants horlogers. Toutefois, aujourd'hui, il est prématuré d'envisager d'autres réalisations.»