Andrea Pfeifer, ancienne directrice de la recherche globale chez Nestlé, a quitté la multinationale en 2002 pour créer sa propre société: AC Immune. «J'ai lancé ma start-up seule devant une feuille blanche», explique cette pharmacienne de formation qui s'est fixé pour mission de laisser une trace dans le monde médical en s'attaquant à la maladie d'Alzheimer.

Quatre ans et demi seulement après la création de cette start-up lausannoise, un grand pas vient d'être franchi: la Food and Drug Administration aux Etats-Unis a donné son accord pour tester les molécules d'AC Immune sur l'être humain.

Si l'on ignore les causes de la maladie d'Alzheimer, les responsables de son développement sont connus. Des protéines, nommées bêta-amyloïde, se déplient quand la maladie survient. Ces protéines s'agrègent en fibrilles et forment des plaques autour des cellules nerveuses dans le cerveau. Ce processus détruit peu à peu la mémoire et les souvenirs. Actuellement, les traitements disponibles sur le marché visent à atténuer les symptômes mais ne s'attaquent pas à la cause de cette maladie qui touche 25 millions de personnes à travers le monde, soit environ 10% de la population après 60 ans.

AC Immune cherche à dissoudre et éviter la formation de ces plaques en s'attaquant directement à ces protéines bêta-amyloïde. L'équipe de chercheurs de la start-up veut introduire dans le corps humain des anticorps produits chez la souris, puis humanisés. Ceux-ci dissolvent ces protéines bêta-amyloïde dépliées. Il s'agit d'une immunisation passive qui vise les personnes âgées ou celles avec un faible système immunitaire. Ces anticorps ont le désavantage d'être difficiles et chers à produire, beaucoup plus qu'un vaccin. Ainsi, AC Immune a aussi pris le pari du vaccin thérapeutique administré uniquement lorsque la maladie a été déclarée. «Notre vaccin devrait également entrer en phase clinique I dans le courant de l'année», précise Andrea Pfeifer.

La technologie d'AC Immune repose sur des peptides accrochés à un lipide. «Aucun effet inflammatoire n'a été observé chez la souris», précise la CEO. Dans le meilleur des cas, un tel vaccin pourrait entrer sur le marché d'ici sept à huit ans. Mais rien n'est encore gagné. «Lorsqu'une molécule entre en phase clinique I, elle n'a qu'une chance sur quatre d'être commercialisée.»

D'autres sociétés pharmaceutiques développent également des vaccins anti-Alzheimer, à l'exemple de Novartis et Wyeth et Elan. Le peptide bêta-amyloïde est la cible thérapeutique favorite de tous les laboratoires mais chacun d'entre eux travaille avec des fragments peptidiques différents. L'aspect unique de la technologie d'AC Immune est lié au fait que l'antigène est présenté au sein d'un liposome dont l'utilisation induit une réponse immunitaire hautement spécifique aux plaques.

Enfin, AC Immune possède également un troisième produit dans sa lutte anti-Alzheimer. Il s'agit d'une molécule chimique qui est déjà en phase clinique II et qui pourrait compléter la thérapie des anticorps et des vaccins. Appuyée par le business angel Martin Velasco, qui préside son conseil d'administration, AC Immune a récolté 21 millions de francs en novembre 2005 et a signé un accord de licence de plus de 300 millions de dollars avec Genentech en 2006. C'est d'ailleurs ce groupe américain de biotechnologie qui finance la production d'anticorps et les essais cliniques.

«D'ici à 2010, AC Immune sera rachetée par un grand groupe ou continuera de voler de ses propres ailes comme par exemple Actelion, en réalisant un accord avec une société pharmaceutique pour financer la phase clinique III et la mise des produits sur le marché», explique Andrea Pfeifer dont la start-up compte actuellement 30 collaborateurs.