Depuis trente ans, le nombre de personnes allergiques dans le monde ne cesse d'augmenter. Selon l'OMS, l'allergie figure au 4e rang des maladies les plus fréquentes. Allergie au pollen, aux acariens ou à certains aliments: les sources sont nombreuses et parfois combinées. Son traitement repose sur trois étapes: l'éviction de la cause lorsque cela est possible, la prise de médicaments pour soulager les conséquences de l'allergie, et enfin la désensibilisation.

Cette méthode, la seule qui s'attaque à la cause même de l'allergie à ce jour et qui consiste à injecter à petites doses l'allergène entier aux patients sensibilisés, est efficace. Toutefois, elle est longue et comporte à tout moment le risque de déclencher l'allergie.

Révolutionnaire

La solution apportée par Anergis est révolutionnaire puisqu'elle propose une alternative moins longue et moins pénible pour endiguer l'allergie. La start-up vaudoise a vu le jour en 2000 grâce à un fonds commun de l'Université de Lausanne, de l'EPFL et du CHUV. François Spertini, professeur au CHUV, est à l'origine du nouveau concept d'immunothérapie basé sur l'utilisation de fragments d'allergènes capables de reprogrammer la réponse immunitaire conduisant aux réactions allergiques vers une tolérance.

Dans le processus de désensibilisation classique, des extraits contenant de multiples allergènes, protéines responsables de l'allergie, sont injectés au patient à dose croissante durant six mois, puis à plus forte dose pendant trois à cinq ans en vue d'une désensibilisation totale. «Cette méthode brute, vieille de cent ans, fonctionne avec des effets secondaires qui risquent de déclencher l'allergie, indique Christophe Reymond, directeur opérationnel d'Anergis. Notre but est justement de supprimer ces effets secondaires et de l'améliorer.»

Traitement allégé

L'allergie est due à la production par le système immunitaire des IgE, réponse naturelle du corps humain probablement liée autrefois aux infections de parasites. Le principe de base proposé par Anergis est le suivant: au lieu d'être injecté en entier, l'allergène est cassé afin de perdre sa structure tridimensionnelle et ainsi «tromper» les anticorps IgE (immunoglobulines de classe E) qui ne reconnaissent alors plus l'allergène. Ce processus entraîne la reprogrammation du système lymphocytaire T et la production d'anticorps différents, les IgG4, qui bloquent le processus inflammatoire. «Du fait que nous n'utilisons qu'un fragment de l'allergène, nous devrions pouvoir injecter une dose plus importante dès le début. Cela permettra de réduire la durée du traitement, qui ne nécessitera alors plus que six à huit injections.»

Les résultats de la première phase, dite exploratoire, sont encourageants. Elle a été réalisée avec, comme première indication, le venin d'abeille. «Nous avons pu vérifier que le produit était sûr et avons constaté que les effets secondaires étaient inexistants alors que la même dose de désensibilisation classique aurait déclenché une allergie sérieuse», précise Christophe Reymond.

Grâce à un fonds de 750000 francs octroyé en octobre 2006 par l'agence pour la promotion de l'innovation de la Confédération (CTI), la phase clinique, I/IIa, est désormais enclenchée. D'ici à six mois, Anergis vise l'achèvement des essais du vaccin concernant le pollen de bouleau sur les souris. «Ensuite, si les essais sont validés par la commission d'éthique locale et par Swissmedic, nous pourrons, d'ici à deux ans, tester le vaccin sur une trentaine de volontaires à raison de cinq injections sur deux mois. Quelques semaines plus tard, les patients subiront un test de provocation nasale déjà utilisé pour d'autres produits et qui mesurera leurs réactions. «L'efficacité du vaccin sera alors évaluée en fonction du degré de protection enregistré chez les patients allergiques», explique Christophe Reymond.

1,5 million de francs

Pour financer un tel projet, le fonds reçu par la CTI n'est qu'un maillon de la chaîne. A raison de 23000 francs par patient, sans compter le coût de fonctionnement de la compagnie pour contrôler l'essai, mettre à jour les bases de données et maintenir la propriété intellectuelle, Anergis a besoin de fonds supplémentaires. «Nous sommes à la recherche d'un complément de 1,5 million de francs suisses afin d'assurer l'avenir de la société pour les deux ans à venir.» Le plan à cinq ans table sur un budget de 10 à 15 millions de francs suisses. «Nous avons été approchés par un grand nombre de fonds d'investissement. Cependant, la plupart nous ont donné rendez-vous une fois que la phase I/IIa aura été validée. Nous faisons donc appel à des investisseurs prêts à assumer le facteur risque que représente la phase dans laquelle nous nous trouvons», annonce le directeur opérationnel d'Anergis. Comme pour toute jeune société de biotech, la somme recherchée par Anergis est vitale. «J'aime penser que le fruit de mes recherches servira un jour à quelqu'un», confie le professeur Spertini. Certes, il est conscient que peu de projets aboutissent à un produit fini. «Peu importe, je trouve la démarche intéressante. Même si le développement n'arrive pas à terme, on apprend toujours quelque chose de ce que l'on a observé. C'est d'ailleurs essentiel si l'on veut que la science progresse.»