De l'implant dentaire au pacemaker en passant par la prothèse de hanche, de plus en plus de personnes vivent avec un organe artificiel. Du 3 au 6 septembre, le 35e congrès annuel de la Société européenne pour les organes artificiels se tiendra au Centre médical universitaire de Genève.

Présidé par Beat Walpoth, médecin adjoint au service de chirurgie cardio-vasculaire des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), le congrès prévoit de réunir 500 ingénieurs, chimistes, biologistes, médecins, chirurgiens et industriels du monde entier.

Le Temps: Quelles sont les innovations en matière d'implants?

Beat Walpoth: Aujourd'hui, les scientifiques cherchent à reproduire un organe entier. D'ici une décennie, par exemple, des cœurs bioartificiels implantables se substitueront définitivement aux cœurs naturels.

En médecine régénératrice, l'objectif est désormais de développer ces greffons avec des cellules souches.

– Les organes bioartificiels combleront-ils le manque de dons d'organes?

– Oui en partie. Mais ces greffons devraient être mieux tolérés et offriront une meilleure qualité de vie au patient.

On peut citer l'exemple de la dialyse, une machine externe qui épure le sang de ses déchets toxiques et de l'eau. Compte tenu de la pénurie de reins disponibles, plus de 1,3 million de patients à travers le monde sont traités par dialyse. Le traitement est astreignant.

Les scientifiques cherchent à développer un rein artificiel implantable, à savoir un organe reconstitué par bio-ingénierie tissulaire. Il aurait l'avantage d'être mieux toléré qu'un organe provenant d'une transplantation rénale.

– On parle beaucoup d'implants bioartificiels. De quoi s'agit-il?

– La tendance consiste à développer des implants en polymères biodégradables. Ils se dégradent avec le temps et sont remplacés par des tissus humains. Certains d'entre eux sont déjà implantés chez des patients à l'exemple de l'anneau cardiaque développé par le professeur Afksendiyos Kalangos, médecin-chef du service de chirurgie cardio-vasculaire des HUG. Celui-ci est inséré dans les tissus endomyocardiques, essentiellement chez les enfants atteints de malformations cardiaques. Après quelques semaines, l'anneau se dégrade et le corps crée, par réaction, une cicatrice qui remplacera l'implant. Aucune autre intervention n'est alors nécessaire dans les années qui suivent car la cicatrice suit le processus de croissance de l'enfant. En outre, cette méthode évite les problèmes de coagulation postopératoire.

– Sur quoi travaille votre groupe de recherche à Genève?

– Nous développons des vaisseaux bioartificiels en collaboration avec l'Ecole de pharmacie Genève-Lausanne. Notre objectif est de faire de nouvelles prothèses vasculaires synthétiques et dégradables. Avec le temps, les polymères sont remplacés par les cellules et la matrice du corps humain. Ces greffons biodégradables seront essentiellement implantés après un infarctus coronarien. Actuellement, il faut parfois prévoir un pontage: cette technique consiste à implanter une veine ou une artère servant de pont entre l'aorte et la partie du vaisseau coronaire obstrué. Un greffon «prêt à l'emploi» nous éviterait de prélever une veine sur la jambe ou l'artère mammaire. Nous avons déjà effectué des essais sur les animaux. D'ici quelques années, nous espérons passer en phase clinique.

– Peut-on évaluer le marché des organes artificiels? Où se situe la Suisse?

– La Suisse joue un rôle très important et de pointe dans ce domaine. Plusieurs start-up y travaillent, des instituts de recherche et des multinationales.

Le développement de ce marché et les traitements y associés sont estimés à quelque 500 milliards de dollars au niveau mondial.