Le cancer du sein touche une femme sur huit au cours de sa vie. Irmgard Irminger-Finger, biologiste moléculaire au Laboratoire de gynécologie-obstétrique moléculaire des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), souhaite développer avec la société lausannoise Ayanda Biosystems un kit permettant de déceler un cancer du sein par une simple prise de sang. Ce test pourrait se faire en complément aux mammographies dont l'interprétation est parfois difficile. Il pourrait également déceler un cancer ovarien, souvent trop tardivement détecté. «Pour l'instant, selon une étude pilote, notre test permet de détecter 80% des cancers du sein et de l'ovaire et de les discriminer», note Irmgard Irminger-Finger.

La méthodologie consiste à détecter dans le sang une forme tronquée de la protéine BARD1. «Celle-ci, dans les cellules normales, joue un rôle dans les mécanismes de suppression des tumeurs, explique Irmgard Irminger-Finger. Nous avons essayé de comprendre comment cette protéine contribuait à protéger l'organisme contre le développement du cancer.»

Depuis plusieurs années les recherches d'Irmgard Irminger-Finger et son équipe portent sur les protéines BRCA1 et BARD1 et leur rôle important dans la réparation des mutations de l'ADN. Ces recherches ont conduit à plusieurs publications, notamment dans Nature Reviews Cancer en mai 2006. Avec le vieillissement, les dommages de l'ADN s'accumulent, ce qui accentue les risques de développer un cancer car la réparation ne suit plus.

En se liant à la protéine p53, BARD1 peut empêcher la prolifération incontrôlée de certaines cellules cancéreuses. Par contre, lors de la formation d'une tumeur, BARD1 ne parvient plus à se lier ni à BRCA1 ni à p53. Dans les cellules cancéreuses, il existe alors une forme de BARD1 tronqué qui a perdu sa fonction de «suppresseur» de tumeurs et participe au processus de prolifération cancéreuse.

Ces découvertes ont été brevetées par l'Université de Genève et les HUG. Avec l'aide d'Unitec, son bureau de transfert de technologie, un accord a été conclu avec la start-up Ayanda Biosystems pour développer un kit miniature détectant ces BARD1 tronquées. «Leur expression est fortement élevée dans le cytoplasme des cellules cancéreuses et détectable dans le sang», explique Irmgard Irminger-Finger.

«Nous allons finaliser nos tests l'année prochaine afin de présenter un kit qui présente un taux de faux positif le plus bas possible et pouvant détecter un cancer du sein ou de l'ovaire de manière précoce pour un traitement plus rapide et efficace.

Il est toutefois encore trop tôt pour parler d'essais cliniques. Rappelons qu'une tache suspecte, détectée par mammographie, nécessite d'autres tests pour confirmer un diagnostic. Notre test pourrait en être un», souligne la biologiste.

Reste que la concurrence fait rage. Plusieurs groupes pharmaceutiques, start-up et laboratoires veulent développer un test sanguin permettant également d'identifier des marqueurs tumoraux du cancer du sein.

La société danoise DiaGenic et l'entreprise américaine Applied Biosystems Inc ont d'ailleurs annoncé au mois de novembre le lancement du test sanguin BCtect, mais uniquement sur le marché indien.

«Le test lancé par DiaGenic consiste à analyser un grand nombre de gènes dont l'expression varie dans un cancer du sein. C'est une technique pointue et coûteuse, estime Irmgard Irminger-Finger. L'OMS souhaite le développement d'un test bon marché ce qui ne sera certainement pas le cas avec le BCtect.»

La biologiste craint davantage les sociétés pharmaceutiques. «Beaucoup de recherches et d'innovations sont réalisés dans le domaine du cancer du sein et de l'ovaire. Certains brevets sont rachetés par des sociétés pharmaceutiques mais leur développement vers une application ne suit pas.»