Etre élu «Pionnier technologique» par le World Economic Forum (WEF) relève de l'exploit. Chaque année, le WEF choisit entre trente à quarante sociétés dans le monde. Lors des années précédentes, Google, Business Objects ou Napster avaient été distinguées. Deux sociétés romandes ont été retenues cette année. Il s'agit des sociétés AC Immune et Nivio.

Selon le World Economic Forum, la start-up lausannoise AC Immune développe une technologie qui devrait changer la vie des patients atteints de la maladie d'Alzheimer.

Réduction des plaques

Lancé il y a à peine cinq ans par Andrea Pfeifer, ancienne directrice de la recherche globale chez Nesltlé, AC Immune vient d'obtenir l'autorisation de démarrer les tests cliniques en phase II pour sa molécule ACI-91. Il s'agit d'un médicament administré par voie orale pour prévenir, voire ralentir ou arrêter la maladie d'Alzheimer. Ce composé protège les neurones et réduit les plaques se formant autour des cellules nerveuses dans le cerveau au début de la maladie.

«Cette molécule ACI-91 est déjà administrée chez l'être humain mais pour une tout autre indication et pour cette raison présente une excellente sécurité, note Andrea Pfeifer. Nous avons ainsi obtenu rapidement une autorisation de passer directement des tests sur les animaux aux essais cliniques en phase II.»

En 2006, la start-up lausannoise a signé un contrat de collaboration de 300 millions de dollars avec Genentech. Ce contrat porte sur des anticorps qui dissolvent également les plaques liées aux protéines bêta-amyloïde. Celles-ci se déplient quand la maladie survient. Ces protéines s'agrègent en fibrilles et forment des plaques autour des cellules nerveuses dans le cerveau. Ces anticorps sont entrés en phase clinique I au troisième trimestre 2008, seulement quatre ans après le début de la recherche.

Test clinique pour le vaccin

Enfin, AC Immune développe également, de manière indépendante, un vaccin qui devrait entrer en phase clinique I début 2009. «Le vaccin sera destiné aux patients qui ont un bon système immunitaire. En revanche, les anticorps seront aussi recommandés en cas de système immunitaire déficient. Quant à la molécule ACI-91, elle s'attaquera aux plaques à un stade initial de la maladie et sera administrée de manière combinée au vaccin ou aux anticorps.»

La maladie d'Alzheimer, qui touche 25 millions de personnes dans le monde, génère des coûts énormes. «Cent soixante milliards de dollars par année, uniquement aux Etats-Unis, note Andrea Pfeifer. En 2050, une personne sur 85 devrait contracter cette maladie.» La concurrence est féroce. Novartis ou Elan développent également des vaccins. «Nos produits s'attaquent uniquement aux protéines bêta-amyloïdes dépliées sans affecter les protéines saines. Les effets secondaires devraient ainsi être atténués», souligne Andrea Pfeifer qui prévoit de mettre sur le marché un premier traitement d'ici à cinq ans.

AC Immune possède également un important portefeuille de molécules se trouvant en phase préclinique et veut développer un test sanguin pour détecter facilement la maladie d'Alzheimer.