Le premier investissement, à hauteur de 1 million de francs, a été effectué par le fonds Polytech Ventures (lire interview ci-dessous) dans la société PicoDrill. Une somme qui s'ajoute aux 4 millions de francs levés au mois d'avril auprès des sociétés de capital-risque Defi Gestion, Jade et Venture Incubator Partners ainsi que de 1,78 million de francs obtenus auprès de différents investisseurs privés.

Créé en octobre 2007, la société lausannoise PicoDrill est parvenue à récolter un total de près de 7 millions alors qu'elle ne vend toujours rien. C'est le potentiel de la technologie et son équipe qui ont séduit les investisseurs.

La machine développée par le biophysicien Christian Schmidt, cofondateur de la start-up, a la faculté de percer des trous nanométriques dans différents substrats en envoyant une décharge électrique. La machine peut perforer des trous de 50 à 60 nanomètres de diamètre dans du silicium, du diamant, certaines céramiques, du verre et même du saphir. Le matériau doit tout simplement être placé entre deux électrodes. «En le chauffant, nous diminuons la résistance du substrat en un point très précis et en augmentons la conductance. Le courant électrique se concentre à l'endroit souhaité et réalise un orifice sans briser tout le substrat, explique Jean-Pierre Rosat, CEO et cofondateur de la société avec Christiant Schmidt et Eric Lucien (ex-reponsable du bureau de transfert des technologies du CHUV et de l'Université de Lausanne). Le ratio entre la longueur du trou et son diamètre atteint 300 alors que les technologies parviennent à un ratio de 15 au maximum.»

La technique usuelle pour percer des trous nanométriques fait appel aujourd'hui au laser. «Le procédé est performant mais extrêmement cher. Un seul trou coûte environ 52 dollars alors que notre technique, branchée sur le réseau électrique, permet de le proposer à un centime», souligne Jean-Pierre Rosat.

Autre possibilité de perforation: la digestion chimique. Un acide est déposé sur le matériau à percer. «La technique ne permet toutefois pas un perçage très profond», relativise Jean-Pierre Rosat.

Un foisonnement d'applications est envisageables. PicoDrill a identifié certains marchés clés, à l'exemple des circuits électroniques. Les constructeurs doivent percer les différentes plaques de silicium pour les interconnecter. Etranglé par des marges très étroites, ce marché est très friand de nouvelles technologies permettant de limiter les coûts. La biotechnologie est également visée avec la possibilité de graver des laboratoires miniatures (lab-on-chip). Des trous nanométriques pourraient permettre de vérifier la provenance d'un produit. Et comme PicoDrill parvient à percer le saphir, la technique devrait également intéresser les fabricants horlogers.

La start-up n'a pas encore défini clairement sa stratégie commerciale. Vendra-t-elle des licences, offrira-t-elle elle-même un service de perforation ou vendra-t-elle des machines? Rien est encore clairement défini. Jean-Pierre Rosat cherche avant tout à accroître la valeur de la société pour la revendre d'ici à quelques années comme il l'a fait avec Apoxis et Cytion, deux sociétés qu'il a précédemment dirigées et qui ont été revendues respectivement à TopoTarget et Molecular Devices.

Deux machines sont aujourd'hui finalisées. Quatre brevets ont été déposés sur cette technologie et trois autres sont en cours.

La start-up qui compte six collaborateurs s'appuie sur un conseil scientifique constitué de Philippe Renaud, professeur à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, Martin Schadt qui a co-inventé la technologie LCD (Liquid Crystal Displays), Pierre-André Grandchamp, président de la Fondation suisse pour la recherche en microtechnique, Göran Stemme, professeur au Royal Institute of Technology (KTH) de Stockholm et Taki Goto, un spécialiste des semi-conducteurs.