Imaginez ne plus jamais avoir besoin de trouver une prise de courant pour recharger votre téléphone ou votre lecteur MP3. A la place, un simple panneau solaire cousu sur un sac ou un vêtement permettrait d'avoir toujours à portée de main un chargeur prêt à fonctionner. Même de nuit, à partir de lumières artificielles…

Cette idée est en train de devenir réalité grâce à une technologie suisse, développée par une société britannique. L'entreprise G24 Innovations, basée près de Cardiff, au pays de Galles, fabrique des panneaux solaires révolutionnaires: ils sont flexibles et ils fonctionnent même quand la lumière n'est pas directe ou si elle est artificielle. Ces deux propriétés rendent les développements potentiels immenses. Les panneaux peuvent être cousus, ils peuvent être mis du côté nord d'un bâtiment, ils peuvent être transportés dans des endroits reculés sans peur d'être brisés…

G24i espère des débouchés essentiellement dans les pays émergents, où 1,6 milliard de personnes n'ont pas accès à l'électricité. L'entreprise a par exemple développé un très simple chargeur pour téléphone portable: une simple «feuille» de panneau solaire, d'un format A4, qui permet aux millions de personnes dans les coins les plus reculés de la planète de charger leur téléphone. «Actuellement, en Inde ou en Afrique, les petits commerçants installent des prises électriques où les gens peuvent recharger leur téléphone en payant, explique Clemens Betzel, le très enthousiaste président de G24i. Ils pourraient désormais le recharger eux-mêmes, à moindre coût.»

Au Rwanda, la même technologie est en passe d'être utilisée, conjointement à une nouvelle ampoule LED à faible consommation d'énergie, pour essayer de remplacer les très polluantes lampes au kérosène. Sam Dargan est basé dans ce pays et a passé un partenariat avec G24i. «Pour un minimum de 50 dollars, on peut installer une ampoule et les panneaux solaires, explique-t-il. Sachant qu'une famille dépense en moyenne 80 dollars en kérosène par an, c'est rentable en moins d'un an.» Pourquoi ne pas utiliser des panneaux solaires conventionnels? «Le risque de les casser, en les emmenant dans des endroits reculés, est trop fort», estime Sam Dargan. L'invention a reçu le Prix Lighting Africa de la Banque mondiale.

G24i voit grand. Déjà 65 millions de dollars ont été investis par les deux fondateurs, Bob Hertzberg et Edward Stevenson, un ancien politicien et un riche entrepreneur californien. Cet été, une soixantaine de millions de dollars supplémentaires ont été levés. «Nous voulons devenir l'une des principales entreprises mondiales pour l'énergie solaire», affirme Clemens Betzel. Mais l'enthousiasme de l'entreprise, qui emploie 70 personnes, est à tempérer face à la très lente histoire de cette technologie. L'idée est issue de presque trente ans de recherche du scientifique suisse Michael Graetzel (voir encadré). De plus, la technologie a des limites. Les panneaux solaires fonctionnent, mais ils ne sont pas assez puissants. Des morceaux cousus sur un sac peuvent charger un téléphone, mais pas un ordinateur portable. Et ils prennent entre trois et six heures pour recharger un téléphone. A cela s'ajoute un risque de concurrence. L'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), où travaille Michael Graetzel, a déjà vendu la licence de cette technologie à huit entreprises. Certes, elle a promis de ne plus l'étendre pendant cinq ans, mais la concurrence se prépare. «J'espère que nous aurons pris suffisamment d'avance d'ici là», explique Clemens Betzel. Les chemins de l'énergie propre sont longs et difficiles.