Les technologies environnementales innovantes, développées par de petites et moyennes entreprises, recherchent parfois des fonds pour financer la première phase de leur projet, souvent la plus risquée. Depuis onze ans, l'Office fédéral de l'environnement possède un budget annuel de 4 millions de francs pour soutenir ces technologies. «En moyenne, douze projets sont sélectionnés chaque année, dans le domaine de la protection de l'air, du climat, de la lutte contre le bruit, de la protection des eaux, des sols ou dans la gestion des déchets, note Daniel Zürcher, chef de la section Innovation au sein de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Les projets qui touchent les questions énergétiques sont pris en charge par l'Office fédéral de l'énergie.» Pour qu'un projet soit sélectionné, il doit apporter une innovation technique, contribuer sensiblement à la protection de l'environnement et disposer d'un marché potentiel important. «Nous finançons au maximum 50% des coûts, en général en partenariat avec un partenaire privé. Mais, certaines années, nous ne parvenons pas à attribuer la totalité de notre budget par manque de bons dossiers», souligne Daniel Zürcher.Etant donné que l'OFEV intervient très en amont, peu de projets soutenus sont déjà entrés en phase de commercialisation. Le chef de la section Innovation de l'OFEV relève toutefois l'exemple d'une nouvelle technique pour mesurer les très fines particules de suie (de 10 à 500 milliardièmes de mètre). Dénommé NanoMet, cette technique a été développée par la société Matter Engineering dans le canton d'Argovie.Emises par les gaz d'échappement des moteurs diesel, ces particules très nocives sont difficiles à déceler. «Pendant longtemps, on a mesuré le poids des poussières fines dans un volume d'air. Pourtant les particules les plus nocives, les particules ultrafines, ne pèsent presque rien. C'est pourquoi il vaut mieux les compter que les peser», explique Daniel Zürcher. Et c'est justement ce que fait ce nouvel appareil de mesure cofinancé par l'OFEV.

Licences recherchées

Le système permet ainsi de mesurer l'efficacité des filtres à particules et donc de savoir lesquels sont de bonne qualité. «Plusieurs entreprises cherchent désormais à en obtenir des licences. Des appareils de mesure sont vendus dans le monde entier, souligne fièrement Daniel Zürcher. Nous continuons d'investir dans ce projet pour qu'il puisse désormais être miniaturisé et placé chez tous les garagistes.» A cet effet, la société Matter Engineering travaille en collaboration avec l'Ecole d'ingénieurs de Brugg (AG).Autre projet soutenu par l'OFEV: un nouveau bogie, dénommé Leila, destiné à réduire le bruit des wagons de marchandises. D'après une enquête des CFF, 300 kilomètres de parois antibruit seraient nécessaires pour atténuer les nuisances sonores des trains marchandises qui passent près des logements. Ces trains utilisent des bogies basés sur un principe datant des années 1950, époque à laquelle la question de la pollution phonique n'était pas prioritaire. Développé par l'entreprise Josef Meyer Transport Technology à Rheinfelden (BL), le bogie Leila comprend des freins à disques rapportés sur les flancs des roues. La surface de roulement reste ainsi lisse et les disques amortissent le bruit. «Les wagons testés ont émis jusqu'à 20 décibels de moins qu'avec des bogies traditionnels. La réduction du frottement va jusqu'à 30%, d'où une diminution non seulement du bruit mais aussi de la consommation d'énergie», souligne Daniel Zürcher. Le développement est terminé. Des tests sont désormais en cours entre Chiasso et Bâle pour que le système soit homologué internationalement.Certains projets soutenus par la Confédération ont parfois de la peine à aboutir, mais la persévérance de leurs inventeurs leur donne une seconde vie. L'agronome Stefan Grass voulait produire du biogaz, des protéines et des flocons d'isolation à partir d'herbe. Fin 2001, une bioraffinerie a été construite à Schaffhouse. Toutefois, l'exploitation a dû cesser pour des raisons financières et l'entreprise a fait faillite. Mais l'histoire ne s'est pas arrêtée là pour autant. L'entreprise Granit à Orbe a décidé d'investir dans la technologie de Stefan Grass qui a, entre-temps, apporté un changement fondamental. Il mise désormais sur la production de panneaux isolants réalisés à partir des fibres d'herbe. Ils ont l'avantage d'isoler contre le bruit et d'être aptes à absorber l'humidité ambiante, alors que l'eau se condense sur le polystyrène lorsque l'hygrométrie est élevée. Produits et commercialisés par sa nouvelle société – Biomass Process Solutions –, ces panneaux présentent des avantages thermiques et de régulation du climat intérieur.

Du système digestif aux rivières

Autre société romande qui a bénéficié d'une aide de l'OFEV: la société Motilis à Saint-Sulpice. Elle développe une pilule magnétique qui mesure et observe l'activité mécanique du système digestif en trois dimensions. Le confort du patient adulte ou enfant n'est pas altéré puisque la visualisation du parcours de la capsule magnétique évite les désagréments, liés, par exemple, à la pose d'une sonde ou encore à l'exposition de rayonnements ionisants.«Nous finançons une partie de cette technologie pour qu'elle puisse également être exploitée par l'Institut de spéléologie. Celui-ci souhaite l'utiliser pour étudier le parcours précis des rivières souterraines afin de déceler des zones contaminées ou d'eau potable», souligne Daniel Zürcher. Enfin, l'OFEV soutient également des idées originales. A l'exemple d'un projet pour enregistrer les données des parcours des passereaux. «Comme l'oiseau pèse 35 grammes, nous ne pouvons pas accrocher un module de 10 grammes sur son dos. Cela serait beaucoup trop lourd. Les chercheurs mettent au point un système d'enregistrement de moins d'un gramme afin de ne pas perturber l'oiseau.»