La société Dartfish s'est fait connaître du monde entier quand plusieurs chaînes de télévision ont utilisé ses logiciels pour diffuser des images superposées de skieurs lors de Championnats du monde de ski alpin. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis 1999, date de la création de cette start-up. Aujourd'hui, la jeune entreprise vend ses logiciels d'analyse visuelle à plus de 30000 utilisateurs dans vingt-huit pays, essentiellement des athlètes et leurs entraîneurs. Cet outil permet en effet d'analyser et de décortiquer les mouvements des sportifs. «Lors des Jeux olympiques de Turin en 2006, 72% des médaillés utilisaient notre logiciel», explique Daniel Morand, directeur financier de Dartfish.

Actuellement, la société a un nouvel objectif: innover dans le domaine de la création et la diffusion de vidéos sportives et éducatives sur Internet. Plusieurs fédérations sportives n'ont pas assez d'audience et de moyens pour diffuser leurs tournois sur des chaînes de télévision. Dartfish veut leur offrir la possibilité de le faire sur le web. Pour s'en donner les moyens, la société a annoncé la semaine dernière une nouvelle levée de fonds de 4,2 millions de francs suisses. Il s'agit du cinquième tour de table depuis 1999, soit environ 17 millions de francs au total. Anton Affentranger, président du conseil d'administration d'Implenia et de Dartfish à travers la société Affentranger Associates et des investisseurs tells que PME Renaissance, Minicap, Nomura Bank ou Initiative Capital de la Banque Cantonale Vaudoise participent financièrement à l'opération.

«Nous avons déjà une présence auprès de milliers de fédérations, équipes et comités sportifs. Nous pourrons leur proposer d'augmenter l'attractivité de leurs tournois et contenu vidéo en général. Il ne s'agit pas de refaire ce que d'autres font déjà. Nous allons proposer une solution nouvelle pour créer, visualiser et diffuser à large échelle des vidéos sur les nouveaux médias. En particulier le sport et l'éducation recherchent des solutions», explique Jean-Marie Ayer, cofondateur de Dartfish, aux côtés de Martin Vetterli, professeur en systèmes de communication à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, Victor Bergonzoli, directeur général de Dartfish, Serge Ayer ainsi que Emmanuel Reusens.

Les logiciels de Dartfish identifieront les différentes actions d'un match (passe, attaque, défense, buts, etc), ce qui est une plus-value par rapport à des sites tel Youtube qui diffuse uniquement de la vidéo sans l'analyser. Sur son écran, l'utilisateur pourra sélectionner le tournoi souhaité ou visionner uniquement certains événements. «Le spectateur pourra lui-même devenir producteur et aura les moyens d'organiser un blog autour du contenu», souligne Jean-Marie Ayer. Une première application démonstrative aura lieu en décembre et le service sera commercialisé durant le premier trimestre 2008.

La vidéo a pris du temps à entrer dans les mœurs. «Depuis deux ans, elle prend de l'ampleur et en 2010 elle sera partout. Les nouvelles solutions que nous allons lancer nous permettront d'augmenter drastiquement notre chiffre d'affaires», note Daniel Morand. Actuellement, Dartfish réalise des ventes de 10 millions de francs. Environ 85% des revenus sont liés à la vente de logiciels alors que 8% est lié au broadcast.

En attendant le lancement de ce nouveau service de vidéo sur Internet, Dartfish, qui compte 48 employés dans le monde dont trente à Fribourg, continue d'adapter ses logiciels à la demande de ses utilisateurs. Les requêtes émanent d'une clientèle diverse, à l'exemple d'un centre de formation de la police hollandaise, d'une pianiste à New York ou d'un enseignant de pêche à la mouche en Ecosse. Dans chaque situation, il s'agit d'affiner et d'apprendre un mouvement de façon optimale. L'industrie s'intéresse également à ces logiciels pour optimiser certains gestes dans les chaînes de montage, tout comme le milieu médical qui peut ainsi donner un retour visuel instantané et les corrections à apporter lors d'un diagnostic. Dartfish est également utilisé dans l'enseignement et l'apprentissage. Plus de mille écoles et universités en Grande-Bretagne utilisent ce logiciel.

Face à une demande mondiale, la start-up a ouvert des bureaux aux Etats-Unis, en France, en Allemagne, en Australie, au Japon et en Corée du Sud.