Patrick Aebischer, président de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), et Daniel Borel, fondateur de Logitech, voulaient travailler ensemble. Résultat: Logitech s'est engagé à financer, à raison de centaines de milliers de francs par année, un incubateur sur le site de l'EPFL. Un vivier à idées qui permet d'accueillir environ six ingénieurs.

Son responsable Pascal Eichenberger tire un premier bilan de l'incubateur inauguré il y a un peu plus d'une année

Le Temps: Logitech réalise déjà beaucoup de recherche et développement à l'interne. En quoi cet équipement peut-il être utile?

Pascal Eichenberger: Le succès de Logitech repose sur notre capacité à innover de manière continue. Cela nous permet de croître durablement sur des marchés très concurrentiels. Chez Logitech, la recherche et le développement à l'interne se concentrent principalement sur des produits déjà existants. Les ingénieurs cherchent par exemple à améliorer l'utilisation d'une souris, ce qui nous permet d'en maintenir le prix en nous différenciant de la concurrence. La réflexion créative est étroitement liée au service marketing. Il faut amener rapidement des résultats étant donné la vitesse de ce marché.

Grâce à cet incubateur, nous avons accès à des cerveaux tout frais qui donnent une nouvelle impulsion à nos produits avec une vue à long terme.

Au XXe siècle, les laboratoires étaient cloisonnés. Des chercheurs étaient engagés pour plusieurs années. Aujourd'hui, l'innovation est ouverte. On parle d'open source du savoir. Il faut apprendre à travailler avec l'autre car généralement il y a plus de gens brillants en dehors de l'entreprise qu'en son sein. Nokia, IBM, La Poste et d'autres l'ont compris et financent ainsi des incubateurs sur des campus universitaires.

- Concrètement, comment cela se passe-t-il?

- Des professeurs de l'EPFL, des doctorants ou des post-doctorants viennent nous voir avec une idée. De notre côté, nous étudions la pertinence du projet par rapport au consommateur et au prix du marché. Parfois les idées sont bonnes mais pas forcément pour Logitech. Actuellement nous soutenons cinq projets initiés par des ingénieurs de l'EPFL.

Parallèlement, Logitech a parfois des besoins dans des domaines particuliers mais n'a pas les connaissances nécessaires. Nous proposons alors à un étudiant de travailler chez Logitech pendant quelques mois afin de résoudre une problématique spécifique. Par exemple, comment faire apparaître une image sur une souris? Cela demande des connaissances particulières pour éviter une déformation de la photo. Grâce à ce pied au sein de l'EPFL, nous pouvons nous adresser directement à la bonne personne. Une quinzaine de projets de ce type sont en cours.

- Pouvez-vous présenter certains projets émanant d'étudiants ou de professeurs de l'EPFL?

- Ils sont confidentiels, mais précisons que nous avons le droit d'utiliser la technologie pour un usage spécifique, et l'école continue de l'exploiter pour d'autres applications. Nous soutenons des projets qui permettent de faciliter la vie de tous les jours, ceci dans des domaines que nous considérons comme prioritaires. Nous cherchons, par exemple, à développer des solutions pour alimenter les différents périphériques, tout en supprimant les câbles. Ce qui est logique pour une entreprise qui s'intéresse au sans-fil depuis plus de vingt ans. Il y a plusieurs façons d'attaquer le problème avec des technologies différentes.

Toujours dans le domaine de l'énergie, nous aimerions pouvoir recharger téléphones, ordinateurs portables ou appareils photo de manière très simple, en posant par exemple ces objets simplement sur un meuble. Les maisons sont remplies d'appareils numériques. Or, les gens sont de plus en plus gênés par ces différents fils, chargeurs et télécommandes. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Logitech a lancé la télécommande universelle Harmony, un appareil unique pour régler et interagir avec tous les appareils d'une habitation.

Nous voulons développer d'autres périphériques du Web faciles à installer, à l'exemple de la Squeezebox, un accessoire que l'on branche au Web et qui permet d'écouter toute la musique disponible de manière libre et légale depuis sa chaîne audio.

- Outre vos développements autour de la «maison numérique», avez-vous d'autres priorités en matière de recherche?

- Oui, dans le domaine de la reconnaissance vocale par exemple. Nous cherchons à développer des solutions pour «parler» aux appareils électroniques. Pour que cela fonctionne, il faut les doter d'un minimum d'intelligence.

Nos thèmes principaux sont les «périphériques humains», la miniaturisation et le sans-fil. Nous encourageons également la recherche autour des nouveaux matériaux, qu'ils soient autoréparants, antibactériens, anti-traces de doigts ou tout simplement plus agréables au toucher.