En Suisse, environ 300 personnes subissent chaque année une laryngectomie, à savoir une suppression partielle ou totale du larynx. Après une telle intervention chirurgicale, le patient ne peut plus respirer, déglutir et parler normalement. Le larynx permet en effet la phonation, c'est-à-dire la production des sons qui sont alors articulés par les mouvements de la mâchoire, de la langue et des lèvres. Suite à la laryngectomie, la partie restante du larynx ne peut plus fonctionner de la même manière. Le patient doit donc réapprendre à parler en utilisant une voix de substitution, appelée voix œsophagienne.

«Ces personnes sont souvent en réelle détresse, note Philippe Renevey, le chef du projet d'aide vocale fonctionnant selon un principe similaire à celui des prothèses auditives. Malgré une rééducation avec un orthophoniste, cette voix de remplacement reste anormalement basse et monotone. De plus la qualité de cette voix est généralement fortement altérée et présente de fortes variations de niveau sonore. Elle constitue un handicap, surtout pour les femmes qui perdent une partie de leur identité. En outre, cette voix ne permet plus d'exprimer les émotions telles que la peur, la joie ou la colère et la personne a souvent de la peine à se faire comprendre.»

Collaboration avec le CHUV

Rolf Vetter, l'initiateur du projet, Olaf Schleusing et Philippe Renevey, tous trois ingénieurs au Centre suisse d'électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel, veulent développer un système d'aide vocale. Ce projet, qui se fait en collaboration avec l'école d'ingénieurs d'Yverdon (HEIG-VD) et bénéficie de l'expertise médicale de Valérie Schweizer du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne, vise à la réalisation d'un système portable permettant d'enregistrer la voix de la personne, de la traiter et de la restituer avec une meilleure qualité.

L'objectif est d'obtenir une voix qui soit aussi proche que possible de celle de la personne avant son opération. Olaf Schleusing, qui effectue son travail de doctorat sur le sujet, est parvenu à séparer les sons produits par le larynx de l'articulation produite par la modification de la cavité buccale. En utilisant des références provenant d'enregistrements du patient avant son opération chirurgicale, les sons du larynx sont régénérés pour être ensuite fusionnés avec ceux issus de l'articulation préalablement extraite.

Ainsi, idéalement, lorsque la personne s'exprimera, on entendra uniquement la voix rehaussée grâce à un dispositif intégré dans les habits. Ce système devra offrir un délai de traitement minimal afin d'éviter un décalage entre les perceptions visuelle et auditive.

D'ici à trois ans, Olaf Schleusing espère finaliser ce projet de recherche, soutenu par les fondations Gebert Ruef Stiftung et OncoSuisse. «Si les résultats obtenus sont satisfaisants, un système pourrait être commercialisé dans les cinq à six ans», espère Olaf Schleusing. Toutefois, un certain nombre de problèmes doivent encore être résolus.

Le système devra produire une voix suffisamment humaine pour qu'elle soit acceptée. De plus lors d'une utilisation en situation réelle, les bruits de fond et les changements d'environnement sonore peuvent perturber le système. Des solutions spécifiques devront donc être développées.