Il est très complexe de quantifier une odeur. La société Smart Nose, à Marin (NE), a développé une machine pour analyser et vérifier l'authenticité - en quelques minutes seulement - des denrées alimentaires, des spiritueux ou de toute autre substance dégageant des volatils. Actuellement, pour connaître l'origine exacte d'un produit, un appareil de chimie analytique décortique le produit et en livre tous les constituants en 48 heures. «Il n'est pourtant pas nécessaire de connaître tous les composants d'une pomme pour savoir si l'on est en présence d'une Golden ou d'une Gala», compare Laurent Jospin, un business angel qui a participé au financement de cette machine et qui investit une bonne partie de son temps pour en faire un succès commercial.

Intérêt des douanes

L'outil, conçu par le chimiste Thierry Zesiger, commence par enregistrer l'empreinte des substances volatiles de tel ou tel produit d'origine, que cela soit un whisky, un parfum, un fromage d'alpage ou du ginseng coréen. Cette carte d'identité est stockée et comparée au produit dont on souhaite vérifier l'authenticité.

L'échantillon est fragmenté au niveau moléculaire. Les ions produits sont ensuite calculés par spectrométrie de masse et comparés. En trois minutes, l'appareil est capable d'authentifier le produit. «Nous visons par exemple les douanes chargées du contrôle d'authenticité de marchandises, note Laurent Jospin. L'Institut coréen de contrôle du ginseng a acheté un appareil pour vérifier la provenance de cette plante médicinale, ainsi qu'un parfumeur français pour détecter d'éventuelles contrefaçons sur le marché. «Nous discutons actuellement avec les douanes de Pékin qui envisagent de l'utiliser pour démasquer les cognacs et whiskies frauduleux.»

Smart Nose a déjà vendu 30 machines à travers le monde, notamment à des centres de recherche dans l'agroalimentaire.

Marché carné

Des applications dans le domaine médical sont également en cours. En faisant renifler un échantillon sanguin à l'appareil, celui-ci est capable de déceler certains marqueurs, révélateurs de maladies. «Pour l'instant, des tests ont été réalisés auprès de 64 patients mais il s'agit encore de valider le procédé scientifiquement», précise Laurent Jospin.

Les systèmes concurrents sont des appareils de chimie analytique qui livrent des résultats très précis mais beaucoup moins rapidement. D'autres machines utilisent des capteurs pour effectuer leur contrôle. «Ces systèmes sont plus fragiles, moins précis et moins fiables sur la durée», note Laurent Jospin.

Pour faire décoller les ventes de la start-up, Laurent Jospin vise les marchés industriels, à l'exemple du marché de l'emballage ou du marché carné. «Notre machine est capable de détecter si la viande de porc est issue d'animaux castrés ou non», souligne Lionel Jospin. Et actuellement, la filière bio s'insurge contre cette pratique qui consiste à castrer des porcelets sans étourdissement pour éviter que leur viande ne dégage une odeur désagréable au moment où on l'apprête. «En Suisse cette pratique sera interdite à partir de 2010 et nous pourrons le vérifier, note Laurent Jospin. Nous sommes en discussions avec la filière bio et sommes soutenus par l'Agroscope de Posieux.»

La start-up a également développé une version portable de cette technologie. Dénommé INDEx (Inside Needle Dynamic Extraction), cette seringue permet de capter et concentrer des échantillons en déplacement. Lors de l'achat de tabac, par exemple, un spécialiste doit se rendre sur les sites de production et renifler les balles de tabac. En fonction de critères olfactifs, il choisira d'acheter ou non ces balles. Avec cette seringue, il aura un résultat de qualité chiffré en quelques minutes.

Smart Nose espère à terme commercialiser entre 100 et 200 machines par année. Et Laurent Jospin songe déjà à une revente de Smart Nose à un grand groupe ou à une éventuelle entrée en bourse.