Difficiles à détecter et souvent désastreuses pour l'environnement, les fuites d'hydrocarbures émanant d'oléoducs représentent un vrai casse-tête pour l'industrie pétrolière. Basée à Morges, la société Omnisens a trouvé une solution pour contourner cette difficulté. Elle a développé un instrument de mesure couplé à de la fibre optique placée sur toute la longueur de l'oléoduc. Par le biais de ses fonds Renaissance Technologies 2 et Mona Lisa, la société de capital-risque Vinci Capital vient d'investir 6 millions de francs pour accélérer le développement commercial de cette technologie.

La technologie, développée conjointement avec le laboratoire de métrologie de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), contient un laser. Celui-ci éclaire la fibre optique en envoyant un pulse lumineux sur une distance de 50 kilomètres de part et d'autre de l'appareil de mesure. La lumière réfléchie est analysée. «Il est alors possible de repérer très précisément l'endroit où a lieu une fuite de gaz ou de pétrole car le changement de température de la fibre optique modifie le réfléchissement lumineux. Une corrosion trop importante ou un glissement de terrain peuvent également être détectés», explique Xavier Paternot, de la société de capital-risque Vinci Capital. «Fabriquer un tel appareil de mesure nécessite un savoir-faire en électronique, en optique et en développement de logiciel. Cette combinaison de différentes expertises fait la force de la société.»

Fondée en 2000 par Marc Niklès et André Bals, actuels CEO et COO de la société, Omnisens est soutenue financièrement depuis le début par Ion Bals. Celui-ci, qui préside aujourd'hui le conseil d'administration de la société, possède déjà une expérience entrepreneuriale à travers la société Orbisphère qu'il a dirigée et revendue avec succès. Omnisens n'est plus une start-up, elle compte une cinquantaine de clients à travers le monde et a déjà équipé plusieurs oléoducs, par exemple pour le constructeur Intec ou l'opérateur Huntoil. De plus la société est en phase de signer un premier projet pilote avec Gazprom qui pourra déboucher sur la surveillance de quatre oléoducs de 4000 km en Sibérie.

Son instrument est également utilisé dans d'autres applications, telle la surveillance de la déformation de ponts, barrages ou câbles de haute tension. «Nous voulons faire d'Omnisens un leader qui puisse intéresser d'ici à quelques années les grands groupes d'ingénierie pétrolière. Pour y parvenir, nous devons développer la force commerciale d'Omnisens et engager un directeur général qui vient du monde pétrochimique», explique Xavier Paternot.

Omnisens compte actuellement douze collaborateurs – des ingénieurs essentiellement – et réalise un chiffre d'affaires de 2 millions de francs. Une dizaine de personnes devraient être engagées ces prochains mois. Vinci Capital table sur des ventes de 40 millions de francs d'ici à cinq ans. La construction d'oléoducs est en effet en pleine croissance. Plusieurs projets sont en cours de développement, en Sibérie, en Amérique du Sud ou encore en Alaska. «Les ressources pétrolières sont extraites dans des lieux toujours plus difficiles d'accès. Il faut donc s'assurer, plus que jamais, que les pipelines restent en bon état», explique Xavier Paternot. Par exemple, en Alaska, Omnisens a équipé un pipeline maritime de plusieurs kilomètres qui achemine le pétrole depuis l'île d'où il est extrait jusqu'à la station de pompage sur la côte. Cet oléoduc est entouré de glace une partie de l'année. Il faut vérifier que celle-ci n'endommage pas son isolation.

La solution proposée par Omnisens semble faire ses preuves. «Aujourd'hui, il n'existe aucune solution pour identifier aussi précisément une fuite. Les systèmes concurrents mesurent le différentiel de pression entre l'entrée et la sortie de l'oléoduc. Si le différentiel est plus petit que ce qu'on attendait, c'est qu'il y a une fuite», explique Xavier Paternot. Encore faut-il savoir où elle se trouve. Avec les méthodes actuelles, la précision n'est pas optimale. La recherche de la fuite peut prendre des semaines et engendrer de graves dégâts pour l'environnement.